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Mot-clé - Patrick Artus

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jeudi 2 novembre 2017

Quel est le bilan de l’euro ?

Patrick Artus, Chef économiste de Natixis et membre du Comité Exécutif, Professeur-associé d'économie à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

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 On se demande souvent s’il fallait faire l’euro, si le bilan de l’euro après 18 ans est positif ou négatif. Il nous semble qu’on peut être relativement négatif, si on se limite à l’analyse économique :

- l’unification monétaire a pour premier objectif de constituer un grand marché intégré des biens et services grâce à la disparition du risque de change ; certes les flux d’échanges commerciaux entre les pays de la zone euro sont élevés, mais la zone euro n’a pas réussi à faire apparaître de grandes entreprises dans les secteurs d’avenir se développant mondialement à partir du marché intérieur de la zone euro ;

- l’unification monétaire a comme second objectif central de permettre, grâce à la disparition du risque de change, l’utilisation de l’épargne pour financer les investissements efficaces, quelle que soit leur localisation dans l’Union Monétaire ; malheureusement, la mobilité des capitaux entre les pays de la zone euro a disparu depuis la crise de 2011-2013 ;

- en l’absence de fédéralisme (de transferts publics entre les pays, d’un budget significatif de la zone euro), il n’y a dans la zone euro ni correction de l’hétérogénéité croissante de revenu des pays due à l’hétérogénéité de leurs spécialisations productives, accrue par la disparition du risque de change, ni mécanisme contracyclique rapprochant les positions conjoncturelles des pays. Le fédéralisme ne peut pas être remplacé par la diversification entre les pays de la zone euro des portefeuilles d’actifs, qui est faible, ou par les flux de capitaux privés, qui sont procycliques.

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dimanche 6 novembre 2016

Le monde est devenu différent

Par Patrick Artus, Chef économiste, Membre du comité exécutif de Natixis

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Nous nous demandons en quoi le Monde est devenu structurellement différent dans la période récente, et ce que sont les contraintes nouvelles induites pour les politiques économiques :
* le Monde devient de plus en plus une économie de services ; ceci réduit la croissance, le commerce mondial et concentre l’industrie dans un petit nombre de localisations, et accroît fortement la concurrence par les coûts, par les règlementations entre les pays ;

* avec le freinage des gains de productivité, et le vieillissement démographique la croissance devient structurellement faible dans beaucoup de pays (OCDE, Chine, Amérique Latine…) ; dans ces pays, la croissance faible pose la question du financement de la protection sociale ; le nombre de régions potentiellement moteurs de la croissance mondiale devient faible (Afrique, Asie du Sud) ;

* l’avantage de compétitivité-coût des émergents disparaît progressivement, ce qui conduit à l’arrêt de la segmentation des chaînes de valeur, à la « démondialisation », « déglobalisation », et fait apparaître une concurrence nouvelle plus forte entre les pays de l’OCDE ;

* les ajustements des balances des paiements et les mouvements de taux de change sont dominés par les flux internationaux de capitaux, et plus par les situations des balances courantes ; ceci accroît l’instabilité financière, le coût de l’absence de coordination des politiques monétaires, le coût des politiques monétaires ultra-expansionnistes ;

* la bipolarisation des marchés du travail entre emplois qualifiés à revenus élevés et emplois peu qualifiés, peu protégés et à revenus faibles se généralise et s’amplifie dans les pays de l’OCDE avec la migration de la classe moyenne vers les émergents, il en résulte l’ouverture des inégalités, la « disparition » et la frustration de la classe moyenne, une tension sociale et politique forte ;

* la modification de la nature du capitalisme, avec l’expansion d’une part des grandes entreprises des Nouvelles Technologies, qui n’ont pas de localisation géographique claire, d’autre part du capitalisme chinois qui s’internationalise ;

* la prise en compte rapide et assez brutale des objectifs climatiques, d’où une forte pression sociale pour réduire les émissions de CO2 et une orientation nouvelle des investissements dans l’énergie, et peut-être à terme un bouleversement des organisations énergétiques des sociétés, avec la mise au rebut d’un capital considérable.

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mardi 1 novembre 2016

Peut-être n’avons-nous plus de théorie de l’inflation, que ce soit à court terme ou à long terme . Que doivent faire alors les Banques centrales ?

Par Patrick Artus, Chef économiste, Membre du comité exécutif de Natixis

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La théorie habituelle de l’inflation à court terme est la courbe de Phillips à court terme : si la demande de biens et services progresse et si le chômage recule, les salaires augmentent plus vite et l’inflation est plus forte. Il n’est pas du tout certain que cette théorie soit encore pertinente, avec la disparition du lien entre chômage et croissance des salaires dû à la flexibilité accrue des marchés du travail et au recul du pouvoir de négociation des salariés (nous utilisons les exemples des Etats-Unis, de la zone euro et du Japon).

La théorie habituelle de l’inflation à long terme est la théorie monétaire (courbe de Phillips verticale à long terme) : l’inflation à long terme est déterminée par la croissance de l’offre de monnaie. Ce lien entre croissance de l’offre de monnaie et inflation a disparu empiriquement, sans doute parce que la demande de monnaie résulte aujourd’hui d’un comportement de choix de portefeuille et non d’un comportement de demande de monnaie de transaction.

Peut-être alors n’avons-nous plus de théorie conforme aux faits de la détermination de l’inflation, à court terme comme à long terme.

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