Le système de retraite obligatoire s’inscrit dans une logique d’assurance sociale contre le risque vieillesse et la loi lui assigne pour objectif de garantir « aux retraités le versement de pensions en rapport avec les revenus qu'ils ont tirés de leur activité ». Implicitement, le système de retraite vise à préserver le niveau de vie des assurés au moment de leur passage à la retraite.

Dans le système actuel, le taux de remplacement moyen (c’est-à-dire le montant de pension rapporté au dernier revenu d’activité) des générations actuelles partant à la retraite s’élève à près de 75 % avec une variance autour de la moyenne : plus les revenus d’activité sont faibles, plus le taux de remplacement est élevé, car le système est globalement redistributif. Pour les fonctionnaires et les affiliés des régimes spéciaux, la notion de taux de remplacement est intuitive car la pension est calculée en annuités pour sa totalité : la pension d’un fonctionnaire est égale à 75 % de son traitement indiciaire des 6 derniers mois, pourvu qu’il totalise le nombre de trimestres de cotisations requis pour sa génération. Pour les salariés du secteur privé, la notion de taux de remplacement est moins immédiate, car leur pension se décompose en une pension de base (calculée en annuités et égale à 50 % de la moyenne des salaires des 25 meilleures années de carrière, sous condition de durée de cotisation) et une pension complémentaire calculée en points (chaque période cotisée permet d’acheter des points qui sont convertis en pension une fois à la retraite). Pour un salarié du privé, la pension est hybride, mêlant une composante à prestation définie (la pension de base) et une composante à cotisation définie (la pension complémentaire).

La réforme annoncée entend instaurer un système universel dans lequel un euro cotisé donne les mêmes droits à pension, quel que soit le statut de celui qui cotise et quelle que soit la période à laquelle l’euro est cotisé. Chaque euro cotisé alimente un compte en points, dont la valeur d’achat évolue au rythme du salaire moyen de l’économie. Au départ à la retraite, ces points sont convertis en pension, selon un coefficient de conversion qui dépend de l’âge de départ propre à l’assuré et de la durée espérée de retraite calculée à cet âge pour chaque génération. Lors de son instauration, le système est calibré de sorte qu’en moyenne pour chaque assuré, la somme actualisée des cotisations pendant la carrière est égale à la somme actualisée des pensions pendant la retraite. Autrement dit, le système promet un rendement moyen susceptible d’évoluer au fil des générations. Ce qui est annoncé aux assurés, c’est non pas « vous percevrez en moyenne 75 % de votre dernier revenu » mais « 100 € de votre ‘placement retraite en répartition’ vous rapportera 5,5 € de retraite annuelle » (pour les premières générations concernées par la réforme).

Les deux approches sont-elles en définitive différentes ? Techniquement, elles sont équivalentes sachant qu’il est possible de calibrer les paramètres du système de sorte qu’à un taux de rendement cible pour un âge de départ donné corresponde un taux de remplacement cible. C’est plus dans la perception de l’opération retraite par les assurés que se jouent les différences. La logique de rendement prédéterminé accentue le lien entre cotisations et prestations et laisse percevoir que la retraite est un « juste retour sur cotisation », alors que la logique de taux de remplacement insiste sur la continuité des ressources entre l’activité et la retraite.

Retrouvez Anne Lavigne lors de la conférence des Jéco 2019 : Retraites : la dernière réforme ?