S’il y a moins de croissance, est-ce parce que nous la désirons moins ? Certainement pas. Les prières pour que la croissance revienne ou soit plus forte se font entendre dans presque toutes les parties du monde : c’est une prière universelle, tout comme l’est la croyance dans le fait que la croissance serait un proxy du progrès puisqu’elle semble corrélée à l’augmentation des revenus, du niveau d’éducation et de santé. Les puissantes critiques développées dans les années 1970 à l’encontre à la fois de l’indicateur fétiche qu’est le PIB et de la croissance elle-même, ont été balayées par la crise économique des années 1980 et la montée du chômage.

Aujourd’hui pourtant, les doutes se font jour à nouveau : et si la croissance, tout en étant à l’origine d’améliorations fulgurantes des conditions de vie et de biens sans nombre avait aussi amené des maux ? Et si les critiques à l’endroit du PIB et de son caractère finalement très insatisfaisant se révélaient de plus en plus réalistes : le PIB compte pour zéro des activités fondamentales pour la reproduction de la société, n’est pas affecté par les inégalités de consommation ou de production et occulte les évolutions des patrimoines critiques : naturel et social. Et s’il fallait écrire Une autre histoire des Trente Glorieuses, ce moment où les émissions de gaz à effets de serre dans l’atmosphère sont devenues exponentielles et où nous avons vraiment dépassé les limites ?

Il nous faudrait alors adopter d’autres indicateurs de progrès (par exemple, l’empreinte carbone et l’indice de santé sociale), plus à même d’encadrer nos pratiques et nos politiques dans des normes compatibles avec « la permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre » et rompre avec la recherche incessante de gains de productivité pour y substituer celle de gains de qualité et de durabilité. Cette société « post-croissance » engagerait des investissements massifs dans la reconversion écologique et créerait certainement de nombreux emplois, réconciliant ainsi défi écologique et défi social.

Selon l’INSEE, le produit intérieur brut (PIB) d’un pays est égal à la somme des valeurs ajoutées des producteurs résidant sur son territoire. On mesure la croissance par l’évolution du PIB déduction faite de l’évolution des prix.

Dans les pays occidentaux, la comptabilité nationale a vu le jour après la crise de 1929 mais s’est surtout développée surtout après la Seconde Guerre mondiale pour accompagner les États dans leur politique de reconstruction. En France, les séries des comptes de la Nation ont débuté en 1949.

En 1972, un groupe d’experts réunis autour des Meadows publie un rapport intitulé The Limits to Growth qui met en évidence le risque de dégradation significative des conditions de vie si la croissance économique continue de croître au rythme constaté et acquiert très vite une audience internationale. Au même moment, les économistes américains Tobin et Nordhaus remettent en question la manière dont est conçu le PIB dans « Is Growth Obsolete ? » et la prétention du PIB à mesurer le bien-être national. Un agrégat mesurant la consommation authentique serait un véritable indicateur de bien-être, soutiennent-ils en proposant un nouvel indicateur « Measure of Economic Welfare ».