Si l’économie concerne tout le monde, la science économique repose sur un corpus de connaissances et sur des méthodologies solides, qui permettent d’éclairer les débats en allant au-delà des apparences. Prenons l’exemple de la fiscalité. Chacun acquitte la TVA, la contribution sociale généralisée, ou encore l’impôt sur le revenu. Nombreux sont aussi les citoyens qui ont une idée du fonctionnement de l’imposition des entreprises. Pour autant, la théorie économique révèle un paradoxe : ce ne sont pas forcément ceux qui administrativement paient un impôt donné qui en supportent la charge réelle. Si une entreprise fait face à une hausse de l’impôt à acquitter, celle peut a priori reporter la charge fiscale supplémentaire sur ses propriétaires, des salariés, des clients et des fournisseurs. Ainsi, une augmentation de l’impôt sur les bénéfices peut peser sur les salaires, ou la baisse de la TVA profitera plutôt aux producteurs…

L’économie n’est pas une discipline empirique

La théorie économique permet d’identifier des mécanismes profonds, mais pas nécessairement évidents au premier abord. Il est alors possible de mobiliser des données pour quantifier les différents effets attendus, et éventuellement trouver des résultats inattendus, qui conduiront à amender ou repenser le cadre d’analyse initial. Si les données jouent un rôle important en économie, l’économie n’est donc pas une discipline empirique ; au contraire, elle articule bien théorie et analyse des données, cette démarche permettant d’enrichir le débat politique sans orientation partisane a priori.
A l’ENS de Lyon, nous enseignons à nos étudiants les fondamentaux dans l’idée qu’ils les maitrisent, en connaissent la portée et les limites, et contribuent à leur avancée en adoptant une véritable posture de recherche. Celle-ci leur permettra de se comporter en « honnêtes gens » et d’exercer un vaste éventail de professions.

La formation par la recherche à l’ENS de Lyon

Cette volonté se traduit avec l’organisation des Jéco étudiant(e)s, qui favorisent le dialogue entre des étudiants issus de 22 établissements français et francophones et 4 jeunes chercheurs :
- Axelle Ferriere qui s’intéresse aux effets redistributifs de la politique fiscale dans une perspective macro ainsi qu’aux effets de l’incertitude et de l’ambiguïté ;
- Jonathan Goupille-Lebret qui étudie les inégalités ;
- Golvine de Rochambeau qui travaille sur les effets des dispositifs de contrôle sur la productivité des travailleurs, notamment dans le secteur des transports au Libéria ;
- Valeria Rueda qui cherche à comprendre les facteurs culturels et institutionnels qui peuvent expliquer les disparités régionales dans les pays au développement au cours du XXème siècle.

Encadré :
Etudier l’économie à l’ENS de Lyon
Le parcours « économie avancée » offre une formation cohérente et approfondie sur le modèle des meilleures formations internationales. Il articule des séquences progressives permettant d’acquérir de solides connaissances dans chacun des domaines fondamentaux de l’économie, et les mobilise dans des domaines variés : politiques publiques, inégalités et redistribution des revenus dans les pays développés et en développement, appropriation des ressources naturelles et conflits, diffusion de l’information et démocratie, concentration spatiale et effets d’agglomération, etc. Cette formation s’enrichit d’une ouverture pluridisciplinaire, dans le cadre du diplôme de l’ENS de Lyon, mais aussi par l’expérience professionnelle (stages) et internationale. Nos étudiants en échange séjournent cette année à Harvard, à Berkeley et à l’Université Normale de Pékin.

 

Laurent Simula est professeur d’économie à l’École Normale Supérieure de Lyon et chercheur au sein de l’UMR GATE Lyon/St-Etienne. Il travaille notamment sur la redistribution des richesses en économie ouverte et le nomadisme fiscal. Il coordonne le nouveau parcours «étudiant(e)s» au sein des Jéco.