Aujourd’hui, les flux de capitaux se dirigent vers les États-Unis, et il s’agit à la fois de capitaux à court terme, de capitaux en actions et en obligations. Ils sont attirés par les taux d’intérêt plus élevés aux États-Unis, et par la très forte hausse des cours boursiers liée à la réforme fiscale qui a dopé les profits des entreprises en baissant fortement les impôts des entreprises.

La première source de crise est alors liée à l’effet de cette attraction des capitaux vers les États-Unis qui se fait essentiellement au détriment des pays émergents. Les sorties de capitaux que subissent alors les pays émergents, en particulier de ceux ayant des déficits extérieurs, y conduisent à la dépréciation du taux de change, à la hausse de l’inflation et des taux d’intérêt, et au recul de la croissance ; il faut alors se demander si cette crise des émergents peut se transformer en une crise globale.

Dans une perspective de plus long terme, l’impossibilité pour les pays émergents de recevoir des flux de capitaux réguliers et stables interdit qu’ils financent leurs investissements par l’endettement extérieur, et diminue donc fortement leur croissance de long terme.

Si les flux de capitaux allant des pays émergents vers les États-Unis peuvent déclencher une crise financière partant des pays émergents, en sens inverse, l’arrêt des flux de capitaux allant vers les États-Unis déclencherait aussi une crise grave. Les États-Unis ont depuis longtemps un déficit extérieur structurel et ont accumulé une dette extérieure forte. Ils ont donc besoin d’attirer des capitaux depuis le Reste du Monde, ce qui est facilité par le rôle de monnaie de réserve du dollar.

La politique budgétaire expansionniste menée aujourd’hui au voisinage du plein emploi va dégrader encore plus le commerce extérieur des États-Unis. Tout recul du rôle du dollar comme monnaie de réserve, dû à une dette extérieure des États-Unis excessive, aux politiques (protectionnisme, sanctions) agressives des États-Unis, rendrait impossible le financement des déficits « jumeaux » des États-Unis (budgétaire et extérieur), imposerait aux États-Unis de faire disparaître ces déficits, d’où une récession très sévère.

Les flux de capitaux vis-à-vis des États-Unis sont donc, dans les deux sens, une source de crise : quand ils rentrent aux États-Unis, ils enlèvent aux pays émergents des financements qui leur sont nécessaires ; s’ils sortent des États-Unis, ils y provoqueront une crise de financement des déficits et une récession.

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