L'Afrique est aujourd'hui crucifiée, on me pardonnera cette métaphore chrétienne, sur une croix de guerre. La barre horizontale va de la Mauritanie à la mer Rouge, la barre verticale de la Libye au cœur du Congo.
Les zones d'émergence potentielles de l'Afrique sont donc : l'Égypte, le Maghreb sauf la Lybie, le Golfe de Guinée, l'ensemble Éthiopie Somalie Érythrée, l'Afrique de l'Est et des grands lacs, d'Afrique australe…si elles parviennent à se protéger puis à réduire la croix de guerre.

L'émergence de l'Afrique c'est la dynamique de trois processus liés entre eux: révolution agricole doublement verte, industrialisation, urbanisation.
Elle s’accompagnera d'immenses migrations intra-africaine en particulier du Sahel vers les côtes de l'Afrique des grand lac vers le bassin du Congo. Elles ont commencé.

Les trois processus fondamentaux de l'émergence africaine, la révolution agricole, l'industrialisation et l'urbanisation se feront à l'ère du numérique et de l'exigence d'une croissance soutenable émettant le moins de carbone possible. Les émergences africaines, car elles seront diversifiées, ne pourront donc en aucun cas ressembler à celles de l'Asie de l'Est. Quelques leçons peuvent être en revanche être tirées des émergence
en cours en Asie du sud, avec qui l’Afrique partage d’avoir à tirer des centaines de millions de gens de l’extrême pauvreté et de « l’inutilité économique ».

Le numérique dans les émergences africaines

Le numérique, à travers le téléphone mobile, intervient déjà auprès des paysans africains, même illettrés, pour leur fournir des informations, des conseils et mettre à leur disposition une monnaie électronique et l'accès à des services bancaires élémentaires. L'évaluation des ces innovations sur la vie des paysans est en cours.

Il ne peut y avoir en Afrique de "saut de grenouille" de l'exploitation des matières premières - qui d'ailleurs engendre plutôt la "malédiction des rentes minières" que l'émergence - à une société de services. A certains, le développement foudroyant du téléphone mobile en Afrique a pu le faire croire. C'est une illusion. L'Afrique devra faire face essentiellement par elle-même à sa consommation de biens - services industriels, mais ils seront produits à l'ère numérique.

L'industrialisation de l'Afrique c'est la création de « clusters » africains et leur insertion dans les chaînes de valeur mondiales, puis leur montée en gamme. Ils se développeront sur les cotes ou bien connectés à un grand port, comme en Ethiopie. Comment Chine, ils devront être initié par d'importants investissements directs étrangers, en particulier des firmes chinoises et Indiennes qui ont commencé de se délocaliser. Ce sont les firmes des premiers pays émergents qui amorceront l’industrialisation de l’Afrique.
A l’ère du numérique, les ouvriers africains seront concurrencés par des robots dont la Chine devient grand producteur et c'est le moins cher qui l'emportera. On peut donc prévoir que l'industrie en particulier manufacturière créera probablement moins d'emplois dans les clusters africains qu'elle ne l'a fait en Asie du Sud-Est.

Cela pose de façon aigue le problème de l'emploi dans les villes. Il ne peut se développer dans le secteur informel, qu'il faut cesser de stigmatiser parce qu'il ne paie pas d'impôts. Il faut au contraire se demander comment le numérique peut favoriser son développement et ne l’entraver en rien. Ce qui renvoie à la question de l'urbanisation.

L'urbanisation en Afrique est et restera galopante. On prévoit autour de 2050 une conurbation continue entre Lagos et Abidjan de 120 million d'habitants, tous connectés. Créer des villes soutenables offrant des opportunités à leurs habitants et un défi majeur. La ville africaine doit être bon marché, favoriser le secteur informel et cependant être soutenable. Le numérique sera central, même s’il faut encore largement inventer la "smart megacity" africaine.

Les émergences africaines vont révolutionner le numérique et s’en nourrir dans tous les domaines. Car il faut qu’elles emploient toute la jeunesse, dans les secteurs ruraux, informels urbains, activités qu’il s’agit de cesser de stigmatiser (quel champ pour le numérique africain !) et les secteurs formels. Enfin, il faut que ces émergences soient soutenables, à nouveau un défi pour le numérique.

Si l’ont y réfléchit un seul instant l’émergence soutenable, pacifique et numérisée des Afriques, c’est bien le plus grand défi du siècle et il est redoutable.