Bien sûr, les français ne furent jamais seuls à faire avancer les connaissances. Mais le fait qu’ils furent présents dans tous les grands domaines de l’innovation, tantôt avec les Anglais, tantôt avec les Allemands, tantôt avec les Américains…, permet de penser qu’il existe une «créativité» française originale.

Ces observations permettent de répondre au « french bashing » à la mode, qui repose sur l’idée que la France serait en train de perdre la place qui était la sienne durant les «trente glorieuses», celle de quatrième ou cinquième puissance industrielle de la planète, sans que l’on comprenne d’ailleurs pourquoi elle a pu occuper ce rang surprenant.

Cette vision n’est pas nouvelle : on a déjà parlé du « retard français » face à la Grande-Bretagne au début du XIXe siècle, de la stagnation démographique française au XIXe siècle, du nouveau retard face cette fois aux Etats-Unis et à l’Allemagne au début du XXe siècle, puis du déclin français après la Ière guerre mondiale, et d’un nouvel affaiblissement depuis une trentaine d’année… On pourrait se demander finalement si les Français n’ont pas toujours été «nuls» et à la remorque des grandes nations industrielles.

En fait, même si la France a été deuxième nation mondiale à différents moments de l’Histoire, il s’agit là d’une performance économique et sociale remarquable, et aucun pays ne peut prétendre avoir fait mieux si l’on tient compte de tous les aspects de la vie sociale. Il ne faut pas non plus oublier tout ce que l’on continue de découvrir ou à faire progresser en France dans différents domaines scientifiques et techniques, même si, depuis, quelques décennies, les Etats-Unis semblent avoir pris de l’avance sur les autres grands industriels, et que les pôles d’innovation se diversifient dans le monde.

La question qui se pose donc aujourd’hui est de savoir si la France va pouvoir maintenir son rang parmi les grands pays innovateurs, ou si elle est entraînée sur la pente d’un déclin inéluctable, en raison de structures économiques « inadaptées », comme le pensent les économistes libéraux fustigeant l’excès de règlementations étatiques et les «charges» qui pèsent sur les entreprises. Elles constitueraient un handicap insurmontable face à une concurrence mondiale toujours plus redoutable. On peut cependant aussi espérer que l’économie française pourra retrouver le chemin d’une croissance créatrice de nouveaux emplois qualifiés et que l’espoir dans l’avenir reviendra dans notre pays. Il faudrait pour cela une véritable prise de conscience des réussites françaises du passé et des potentialités innovantes des laboratoires de recherche publics aux moyens insuffisants, et de celles de nombreuses petites ou moyennes entreprises qui ne parviennent pas à trouver les moyens de leur financement.

Cela implique que la puissance publique joue tout son rôle dans l’encouragement et le financement des recherches essentielles pour que les initiatives des chercheurs et des entreprises créatrices trouvent un débouché dans un projet commun. C’est vrai dans le domaine des énergies renouvelables, des nanotechnologies, des sciences physiques, de la médecine…, où de jeunes chercheurs français partent à l’étranger faute de reconnaissance, de salaires suffisants, de perspectives de carrière ou d’infrastructures adaptées.

La responsabilité en incombe aux «politiques» qui depuis l’époque des «trente glorieuses» ont globalement failli dans leur mission d’anticipation de l’avenir, d’aide à l’innovation et de guide pour leurs concitoyens. On peut espérer que cela changera demain sous peine d’un «déclassement» de la France dans le concert international.

Retrouvez Pierre Bezbakh lors des Jéco sur Existe-t-il une créativité française originale ?