Une nouvelle stratégie des États-Unis pour Cuba ?
Barack Obama a clairement affirmé que l’embargo avait été un échec, tout comme l’ont été les tentatives d’invasion armées, comme celle de playa girón en 1961 ou les fomentations d’oppositions internes et externes. Malgré la volonté d’Obama de lever l’embargo, celle-ci ne fait évidemment pas l’unanimité au sein de la classe politique étatsunienne. La chambre des représentants et le sénat, dominés par les républicains, y sont encore majoritairement opposés. Malgré cela, Obama a utilisé une partie de ses prérogatives exécutives pour alléger les sanctions : Les transferts d’argent vers Cuba ont été libéralisés ; les entreprises étatsuniennes peuvent exporter davantage de produits vers Cuba même si certains secteurs de l’économie cubaine en sont exclus ; des liaisons maritimes et aériennes sont autorisées ; les voyages de citoyens étatsuniens ouverts pour davantage de motifs…
Le but des États-Unis reste malgré tout d’influer sur une transition politique et l’instauration d’un régime «démocratique et de « libre entreprise » par l’appui à la « société civile » et au secteur privé cubain comme cela est mentionné dans les décrets d’application des différents allègements des sanctions. Les moyens changent mais pas vraiment l’objectif principal, bien que la dernière directive présidentielle de politique de Barack Obama reconnaisse la souveraineté et l’autodétermination de Cuba.

Les conséquences de l’embargo pour Cuba
L’embargo a un impact certain sur l’économie cubaine. Dans les années 1960, il a obligé Cuba à réorienter complètement son commerce extérieur qui fut très vite tourné presque qu’exclusivement vers l’URSS et les pays d’Europe de l’Est. C’est surtout après la désintégration de l’Union Soviétique que les effets de l’embargo seront accrus. Cuba ne bénéficia plus des échanges préférentiels au sein du Conseil d’Assistance Economique Mutuel (CAEM) et dut à nouveau réorienter ses échanges extérieurs. Dans le même temps, l’embargo étatsunien se renforçait, avec les lois Torricelli de 1992 et Helms-Burton de 1996 qui accroissaient le caractère extraterritorial des sanctions afin de limiter les possibilités d’investissements étrangers à Cuba en progression depuis le début des années 1990.
Le manque potentiel d’investisseurs étrangers, les difficultés d’approvisionnement en marchandises, les entraves plus générales au commerce, les coûts de change liés au fait que Cuba ne peut utiliser le dollar pour le commerce international… aurait couté à Cuba 125,8 milliards de dollars depuis 1962 et 4 milliards rien que pour l’année 2015 selon les autorités de l’île. Des entreprises étrangères continuent d’être amendées pour avoir réalisées des investissements ou des transactions financières avec Cuba, comme la BNP ou plus récemment le Crédit Agricole ou CGG services.
Depuis quelques années, Cuba a enclenché un processus de réformes économiques alliant décentralisation des décisions au niveau des entreprises et des collectivités locales et une ouverture plus grande au marché. Attirer davantage d’investisseurs étrangers fait partie de cette politique économique, consacrée par la nouvelle loi sur les IDE de mars 2014 et la création de la zone spéciale de développement de Mariel. Il est évident que la réussite de ces réformes pourra être plus complète pour le développement économique et social de Cuba avec la levée de l’embargo.

L’embargo contre Cuba : un échec pour les Etats-Unis
Les négociations entre la diplomatie des deux pays continuent de manière périodique. Des points de frictions existent encore. Les demandes de Cuba sont tout simplement la levée de l’embargo ainsi que la restitution de la base militaire de Guantanamo obtenue par les États-Unis au moment de l’indépendance de l’île. Outre les questions de droits de l’Homme évoqués par les États-Unis, qui semblent un leurre, ces derniers demandent l’indemnisation des entreprises et particuliers de leur pays expropriés après la Révolution de 1959. L’entente sur ce point paraît difficile. Les indemnisations réclamées par les États-Unis sont très inférieures au coût de l’embargo pour Cuba, évoqué plus haut.
L’embargo économique des États-Unis contre Cuba se révèle inefficace. 54 ans après la mise en place de ces sanctions, l’objectif affiché de renverser le régime cubain n’est pas atteint. Et les États-Unis sont quasiment isolés sur la scène internationale comme le montre les votes annuels qui ont lieu depuis 1992 à l’ONU. Ces derniers sont presque seuls à s’opposer à la levée de l’embargo, avec Israël et parfois quelques micro-États. Par contre, un des objectifs intermédiaires de l’embargo a été atteint, celui de créer des privations pour la population cubaine. Il a bridé le développement de l’économie cubaine (même s’il n’explique pas toutes les difficultés), empêché des entreprises étatsuniennes de commercer et d’investir à Cuba, rendu parfois difficile les connexions entre cubains et cubano-américains… Aucun aspect positif ne peut être trouvé après plus d’un demi-siècle de sanctions.
Les mois qui viennent seront décisifs en raison du changement d’administration aux États-Unis. Bien que le rapprochement diplomatique paraisse irréversible et la levée de l’embargo très probable dans un futur plus ou moins proche, il serait difficile de faire des prédictions précises sachant que de nouveaux soubresauts dans la relation entre les deux pays peuvent surgir et que des retours en arrière sont possibles.

Retrouver Jérome Leleu aux Jéco sur Les sanctions économiques : des habits neufs, une efficacité toujours contestée