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Fallait-il faire l’euro ?

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vendredi 3 novembre 2017

Fallait-il faire l’Euro ?

Elie Cohen, Directeur de recherche CNRS, Sciences Po

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La succession des crises depuis 2009, la décennie de croissance perdue dans l’Eurozone, la grande divergence qui s’est creusée entre le Nord et le Sud, l’imposition de la volonté des créanciers aux pays défaillants, la découverte de l’incomplétude institutionnelle de Maastricht, les hésitations et les râtés de la gestion de crise conduisent nombre d’économistes européens à affirmer que si c’était à refaire …. Il ne faudrait pas refaire l’Euro. Certes ces mêmes économistes ne songent guère à défaire l’Euro mais à l’épreuve du temps l’euro n’a pas tenu ses promesses économiques, il n’a pas débouché sur une plus grande solidarité politique et a même contribué, pour certains, à la montée du populisme.

Le scepticisme à l’égard de l’Euro a été largement partagé chez les économistes anglo-saxons car les pays membres ne formaient pas une zone monétaire optimale, l’intégration monétaire loin de favoriser la convergence allait accroitre la polarisation économique, enfin l’absence de fédéralisme budgétaire ne pouvait qu’accroitre l’instabilité. Comme l’écrivait Martin Feldstein dans son texte de Décembre 1997 dans Foreign Affairs, l’Euro ne se fera pas, s’il se fait il se défera et loin d’être un facteur de paix et de prospérité il pourra être vecteur de guerre entre les nations européennes. Le premier paradoxe que suggère l’analyse de ce constat est que si les économistes anglo-saxons ont eu raison économiquement, ils ont eu tort politiquement, même si l’Euro n’a pas tenu ses promesses, il ne s’est pas défait. Au bord du précipice les Européens ont trouvé les ressources politiques pour sauver l’Euro. A l’inverse les économistes européens ont été favorables à la création de l’Euro car il accélérait l’intégration et favorisait la convergence économique, qu’il éliminait les distorsions de change (cf One Market, One Money) qu’il incitait aux réformes structurelles , qu’il permettait le partage du privilège de seigneuriage avec les Etats Unis.. Deuxième paradoxe, si les Européens ont eu tort économiquement car le pari de l’Euro n’a pas été gagnant et que la divergence entre économies s’est accrue, ils ont eu raison politiquement car l’euro est toujours la, ce qui veut dire qu’on a trouvé chemin faisant des solutions pour éviter le pire, on a abandonné la no bail out clause on a crée des fonds de secours (ESM), la BCE a innové (OMT) et on a inventé l’union bancaire.

Comment rendre compte de ces erreurs symétriques.

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jeudi 2 novembre 2017

Quel est le bilan de l’euro ?

Patrick Artus, Chef économiste de Natixis et membre du Comité Exécutif, Professeur-associé d'économie à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

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 On se demande souvent s’il fallait faire l’euro, si le bilan de l’euro après 18 ans est positif ou négatif. Il nous semble qu’on peut être relativement négatif, si on se limite à l’analyse économique :

- l’unification monétaire a pour premier objectif de constituer un grand marché intégré des biens et services grâce à la disparition du risque de change ; certes les flux d’échanges commerciaux entre les pays de la zone euro sont élevés, mais la zone euro n’a pas réussi à faire apparaître de grandes entreprises dans les secteurs d’avenir se développant mondialement à partir du marché intérieur de la zone euro ;

- l’unification monétaire a comme second objectif central de permettre, grâce à la disparition du risque de change, l’utilisation de l’épargne pour financer les investissements efficaces, quelle que soit leur localisation dans l’Union Monétaire ; malheureusement, la mobilité des capitaux entre les pays de la zone euro a disparu depuis la crise de 2011-2013 ;

- en l’absence de fédéralisme (de transferts publics entre les pays, d’un budget significatif de la zone euro), il n’y a dans la zone euro ni correction de l’hétérogénéité croissante de revenu des pays due à l’hétérogénéité de leurs spécialisations productives, accrue par la disparition du risque de change, ni mécanisme contracyclique rapprochant les positions conjoncturelles des pays. Le fédéralisme ne peut pas être remplacé par la diversification entre les pays de la zone euro des portefeuilles d’actifs, qui est faible, ou par les flux de capitaux privés, qui sont procycliques.

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