Environ 10%. C'est le taux de chômage français au sens du Bureau international du travail (BIT). Soit 2,8 millions de personnes sans emploi. Pourtant, près de 200.000 offres demeurent non pourvues dans l'hexagone. Un paradoxe souvent utilisé par les hommes politiques pour critiquer les chômeurs. A l'exemple de Nicolas Sarkozy en 2008 qui n'avait pas hésité à affirmer que "certains ne veulent pas se mettre au travail".

Au-delà des polémiques politiques, une interrogation bien réelle : et si tout simplement, il y avait un problème de compétences et de diplômes chez les demandeurs d'emploi ? Apparaît alors le besoin de former ces personnes afin de les adapter au marché du travail.

Une formation professionnelle impuissante

"L'impact net de la formation sur le chômage est relativement faible", tempère Roland Rathelot, professeur d'économie à l'Université de Warwick (en Angleterre). "Certaines formations peuvent être positives mais d'autres demeurent très négatives pour le retour à l'emploi", poursuit-il, incitant à trouver des "formations utiles". David Kimelfeld, vice-président de la Métropole de Lyon, est du même avis: "La vraie difficulté aujourd'hui avec les formations, c'est qu'elles sont décalées par rapport aux besoins des entreprises. Elles ne répondent pas toujours aux filières en tension."

Pour résoudre ce problème d'inadéquation de la demande à l'offre d'emploi, certains renversent la formule magique: s'il est difficile d'adapter la demande à l'offre d'emploi, pourquoi ne pas essayer d'adapter l'offre à la demande ? "Il faut s'intéresser aux employeurs qui recrutent. Comprendre leurs difficultés et les aider à embaucher plus facilement et plus rapidement", expose Jean-Michel Joyeux, président du groupe d'aide à l'insertion Icare. La méthode d'Icare aurait fait ses preuves. Dans le département des Deux-Sèvres, une cinquantaine d'entreprises ont été aidées dans leur recrutement et 150 personnes auraient été embauchées. A la base de la démarche d'Icare, deux principes généraux: "D'une part, nous incitons les employeurs à arrêter de recruter par CV. Ils passent en effet à côté de certains profils qui pourraient les intéresser mais qui n'ont pas l'expérience nécessaire", explique Jean-Michel Joyeux. "D'autre part, nous leur proposons de faire un diagnostic organisationnel détaillé pour savoir exactement quels sont exactement les recrutements nécessaires au sein de leur entreprise", poursuit-il.

Une solution originale mais aux effets probablement limités. Une réforme de la formation professionnelle ne pourra plus longtemps être évitée.