"Il est évident que l'accord de Paris sur le climat est un succès de la politique internationale", affirme Lucas Bretschger, président de l'European Association of Environmental and Resource Economists (EAERE), "cependant il est très fragile". Le texte, on s'en souvient, a suscité un engagement historique. Il est même entré en vigueur le 4 novembre dernier, moins d'un an après sa signature. Il fallait pour cela qu'au moins 55 des signataires concentrant au moins 55% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, ratifient l'accord. Pour rappel, il a fallu sept ans avant que le protocole de Kyoto entre en vigueur.

Que va faire Donald Trump ? __ Mais deux jours après l'élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, l'inquiétude régnait, ce jeudi, parmi les défenseurs de l'accord sur le climat. En effet, la COP 21 a privilégié une approche "bottom-up" c'est-à-dire fondée sur l'engagement volontaire des nations. Les différents pays ont annoncé leur plan de réduction des émissions de gaz à effet de serre. "Pour les économistes, la somme de ces contributions donne un effort total insuffisant", explique Katheline Schubert, professeur d'économie à l'université Panthéon-Sorbonne. Car si l'on agrège les objectifs de chacun des pays, la température mondiale devrait augmenter de 2,7°C à 3,5°C. Bien au-dessus des 2°C prévus par la communauté internationale voire de l'ambitieux 1,5°C espéré par Laurent Fabius. Toutefois, l'accord de Paris prévoit un mécanisme de révision tous les cinq ans. "C'est un espoir, estime Katheline Schubert, à condition que les pays acceptent de réviser leurs émissions à la baisse...". Il apparaît donc qu'avec ce mécanisme de révision, le contexte politique et institutionnel de chaque pays rend l'accord fragile.

"L'accord de Paris n'a pas de dents", explique, en reprenant l'expression d'un journaliste du Financial Times, Claude Henry, professeur à l'université Columbia et président du conseil scientifique de l'Institut du développement durable et des relations internationale. Aucun outil n'est en effet prévu pour contraindre les pays à tenir leurs engagements. "Pourtant, dans moins de 20 ans, les +2°C seront atteints. Il est essentiel de faire fonctionner l'accord de Paris". Claude Henry fonde donc ses espoirs sur le principe de "contagion des bons comportements". De nombreux engagements à petite échelle commencent à produire un effet boule de neige et essaimer autour de la planète. "A côté de l'immensité des obstacles, ce sont seulement des petites histoires", confie Claude Henry, conscient que ces petites histoires peuvent être le reflet d'un mouvement.

"Les énergies vertes, c'est le futur"

Des tensions existent cependant toujours entre le désir de développement et la protection de l'environnement. "Pour la croissance, il est plus intelligent d'investir dans les énergies vertes que dans les technologies anciennes, car les énergies vertes, c'est le futur", soutient Lucas Bretschger. La nécessité de baisser ses émissions devrait en théorie stimuler les progrès technologique avoir un effet bénéfique sur la croissance. "Il y a aussi un problème d'équité dans l'accord de Paris car les contributions ne sont pas équitables", estime pour sa part Lucas Bretschger. En matière de politique climatique, la répartition des coûts s'avère en effet très difficile. "Les économistes ont de bonnes idées mais ne comprennent rien aux relations internationales", assène Roger Guesnerie, professeur au Collège de France et président de l'Ecole d'économie de Paris. Les instruments réglementaires ou économiques (taxation du carbone, subvention ou marché des droits à polluer) font toujours des gagnants et des perdants. La question du financement compensatoire pour les pays les plus pauvres n'est d'ailleurs pas réglée.