" L'économie ne détermine pas tout, et surtout ne résout pas une crise écologique comme celle que nous vivons en ce moment. " Les mots sont clairs, nets et viennent de Marie-Anne Salomon, chargée de mission "écologie, économie et société". Pour cette dernière, il serait dangereux de penser que l'économie engloberait tout et définirait les rapports complexes qu'entretiennent les humains avec la nature.

En cause, la marchandisation croissante de la biodiversité, une question clivante. " Donner un prix à la nature, c'est reconnaître qu'elle a une valeur, explique Marie-Anne Salomon. On pourrait penser que cela aiderait à la défendre mais à mon sens, c'est un piège. En faisant cela, on continue à rendre possible sa destruction. Réduire la décision à un calcul est grave du fait du caractère multidimensionnel de la situation. "

Adosser les outils économiques à un système institutionnel

De ce fait, la question de la protection de l'environnement est d'abord un problème politique, même si c'est le modèle économique actuel qui est pointé du doigt dans la crise écologique. Dans ce cadre, Harold Levret, professeur d'économie à l'Institut des sciences et industries du vivant et de l'environnement, pense que l'économiste a tout à fait sa place : " Il est même très utile s'il reste dans un rôle de comptable. Préserve-t-on de la manière la plus efficace ? Il faut raisonner en terme de coût par rapport à l'efficacité écologique ". Ainsi donc, utiliser au mieux l'argent dont on dispose pour préserver l'environnement.

L'analyse économique serait donc là comme éclairage, pour apporter des outils, des précisions utiles. Philippe Méral, directeur de recherche, explique : " La mise en place de régulation est du ressort du politique. On le voit dans les pays tropicaux. Le Costa-Rica fait office d'exemple dans l'utilisation d'outils économiques dans la préservation de l'environnement. Il faut adosser ces mécanismes comme ceux incitatifs à un système institutionnel mis en place pour cela, sinon rien ne marche. "

Mais avant de passer à l'action sur le terrain, il faudrait d'abord changer de focale. La politique revient alors au premier rang et l'importance donnée à la croissance polarise la fin de la discussion : " Comment peut-on encore penser que la croissance fait le bonheur et que l'environnement n'est pas un problème ?, s'interroge Marie-Anne Salomon. Cela devient trop gros. Il faut changer. On est enfermé dans ce concept de croissance qui caractériserait notre progrès et qui régit nos actions. Mais dans notre monde fini, ce n'est pas tout à fait viable. " Les économistes sont là pour nous le démontrer.