"Faire mal au portefeuille de certains Etats". Voilà résumé l'objectif final des sanctions économiques prises au cours de l'Histoire par certains pays et organisations internationales, contre différents régimes. Un résumé signé Patrick Allard, consultant auprès du Centre d'analyse, de prévision et de stratégie et du ministère des Affaires étrangères. Il ajoute que ces sanctions, qui visent à montrer la réprobation face à un régime politique ou à certaines de ses actions, interviennent souvent après des mesures plus symboliques, comme l'interdiction de voyage de personnalités.

Cuba: la timide levée des sanctions économiques américaines

Cuba est sans doute l'exemple récent le plus marquant et le plus efficace : l'embargo économique, commercial et financier date de 1962, en pleine guerre froide entre l'est et l'ouest. Objectif, à l'époque, de l'administration Kennedy : dénoncer le pouvoir dictatorial de Fidel Castro. Et, sur le seul plan comptable, c'est efficace : l'embargo, selon les chiffres des autorités cubaines, aurait coûté 125 milliards de dollars à l'économie de l'île.

"Sur le plan politique, l'objectif - faire chuter le régime - n'a pas été atteint" a souligné Jérôme Leleu, doctorant en sciences économiques à l'EHESS. Et quid de la reprise des relations diplomatiques américano-cubaines depuis bientôt 2 ans, en décembre 2014 ? "Il n'y a pas d'impact significatif des nouveaux accords" analyse Jérôme Leleu. Certes, les transferts d'argent vers Cuba ont été libéralisés, les exportations d'entreprises américaines reprennent dans certains secteurs, notamment le secteur agricole et de la construction, les liaisons aériennes et maritimes ont repris et les voyages d'américains à Cuba sont davantage autorisés. Mais l'essentiel des sanctions ne peut être levé que par le Parlement, et pas sûr que le renforcement de la majorité cubaine, après l'élection de Donald Trump, n'aille dans ce sens.

En Corée du Nord, divergences de stratégie et toujours pas de dénucléarisation

Autre objectif contre la Corée du Nord : stopper un programme de développement de l'arme nucléaire. Après l'échec de la voie diplomatique, la communauté internationale a durci les sanctions en 2006. Cette année encore, le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté sa sixième résolution de gel de revenus à l'encontre de Pyongyang. Le problème, selon la chercheuse Marianne Péron-Doise (Institut de recherche stratégique de l'Ecole militaire), c'est l'absence d'unanimité : la Chine, même si elle est favorable à la dénucléarisation de la Corée du Nord, soutient une ligne de sanctions plus souple que celle des Nations-Unies, pour des raisons...économiques. "Pékin a un intérêt à continuer à commercer avec Pyongyang. L'industrie du charbon est en crise en Chine. Le pays importe donc du charbon et des minéraux naturels de son voisin. La Chine soutient finalement la Corée du Nord à bout de bras", constate Marianne Péron-Doise.

L'Iran, l'exemple des sanctions efficaces. Ou presque.

Depuis 2006, l'Iran est sous le joug de sanctions économiques prises par l'ONU pour forcer le pays à arrêter l'enrichissement de son uranium à des fins militaires. L'Union européenne, également, a instauré un embargo pétrolier en 2007. Conséquences très directes : Téhéran a perdu un tiers de ses recettes budgétaires, l'inflation a atteint 30%. En 2012, la récession a même atteint - 6,8%.

" Dans ce cas-là, les sanctions économiques vont fonctionner car l'Europe va jouer le jeu des Etats-Unis" constate Thierry Coville, professeur d'économie à Novancia Business School et chercheur à l'IRIS. Cependant l'intervenant est catégorique : "la capacité d'influencer la politique iranienne via des sanctions économiques est faible". Le dossier a évolué en 2015, après la signature d'un accord qui donne désormais à l'Iran le droit d'enrichir son uranium à des fins civiles en échange de la levée des sanctions. Toutefois, les Etats-Unis ont maintenu leurs sanctions non liées au nucléaire.le dollar en Iran.

"Il serait difficile pour l'Europe d'arrêter d'importer du gaz russe"

Des mesures économiques ont été prises envers la Russie à la suite de l'annexion de la Crimée et du déclenchement du conflit ukrainien. Si elles ont d'abord été symboliques (interdiction de visa pour des personnalités russes), les sanctions se sont durcies après que des séparatistes pro-russes ont abattu un avion civil le 17 juillet 2014. Elles sont financières d'une part avec l'interdiction d'attribution de certains crédits à la Russie mais elles sont également commerciales, dans des secteurs comme la vente d'armes. Ces sanctions économiques imposées par l'Union européenne viennent d'être renouvelées à l'unanimité jusqu'à fin mars 2017.

Patrick Allard pointe tout de même la volonté d'apaisement voulue par l'Union européenne avec le protocole de Minsk de février 2015 prévoyant un cessez-le-feu en Ukraine. Ce protocole souhaite éviter le recours à des sanctions économiques trop lourdes. "Il serait difficile pour l'Europe d'arrêter d'importer du gaz russe, conclut Patrick Allard, sauf si la situation empirait vraiment".