" Donald Trump pose la question de l'émancipation pour les Européens". Lors de la conférence sur la grande divergence entre l'Allemagne et la France, chaque intervenant, notamment l'économiste Jean Pisani-Ferry, a d'abord voulu évoquer le résultat de l'élection américaine connu très tôt ce 9 novembre.

" Car cela touche directement le couple franco-allemand et l'Europe plus généralement ", assure Xavier Ragot, président de l'OFCE. Le programme de Donald Trump, qui prévoit de revenir sur plusieurs accords, laisse à penser que les Etats-Unis vont changer d'attitude concernant l'ordre international. " Même si on a eu le droit à de belles paroles ce matin, Trump reste un adversaire de l'Europe : apologue du Brexit, isolationniste..., commence à cataloguer Jean Pisani-Ferry. On va voir si nous, les Européens, allons être capable d'exister par nous-même. Sinon, nous serons renvoyés à nos disputes internes. "

Une chance... en suspens

Mais, pour le moment, Thomas Hanke, correspondant du Handelsblatt en France, y voit surtout une chance pour l'Europe de " se rendre compte qu'il y a des défis importants qui arrivent. Cela met en perspective nos petites querelles de famille. " Et de se serrer les coudes pour faire de nouveau avancer la construction européenne, notamment sur le plan économique, où un repli des investissements est à prévoir. " Je n'aimerais pas être dans la tête de Theresa May ces prochains mois, plaisante Jean Pisani-Ferry. Le grand perdant est à coup sûr le Royaume-Uni. "

Une inconnue, non négligeable, pourrait tout remettre en cause : les élections françaises et allemandes prochaines. Là encore, le milliardaire américain revient dans le débat. " Sur un plan strictement politique, on peut craindre une contagion en Europe, d'autant plus que le terreau se révèle aujourd'hui très favorable au " trumpisme ". Le discrédit des gouvernements y est encore plus fort qu'aux Etats-Unis. Et que dire du ressentiment à l'égard de l'Union Européenne... "

Donald Trump pourrait donc être une chance pour l'Europe...à moins qu'entre temps, ses avatars européens ne parviennent au pouvoir.