A la manière d’un cours magistral, David Encaoua dresse le bilan des politiques de l’innovation en France depuis 20 ans. Pour le professeur émérite, la situation n’est pas reluisante. Un important écart existe entre l’effort fourni en investissements et les performances qui en découlent.

Selon un rapport de la CNEPI (commission nationale d'évaluation des politques d'innovation) datant de cette année, la France se situe au 6e rang mondial en termes de dépenses de recherche et développement cumulées dans les administrations et les entreprises. En 2013, ces investissements représentaient 47 milliards d’euros. Un effort qui ne porte pas ses fruits : ces dépenses représentaient seulement 2,2% du PIB en 2015, loin derrière l’objectif fixé par l’Union européenne de 3% et plaçaient la France au 14ème rang mondial. Autre indicateur : le Global innvoation Index situe la France au 18e rang sur 128 pays.

Comment expliquer ce décalage ? Les différents participants ont envisagé les causes de cet échec et proposé des ajustements pour que la France passe du statut de « suiveur de l’innovation » à pays « leader ».

Pratiquer la « destruction créatrice »

Chaque année, l’Etat consacre environ 10 milliards d’euros aux politiques de soutien à la recherche et au développement. Cette somme se répartit entre la soixantaine de dispositifs existants. Mais pour la plupart des intervenants, nombre de ces dispositifs devraient être jetés à la poubelle. Mohammed Harfi, chef de projet à France Stratégie parle d’une « inflation du nombre de dispositifs ces dernières années ». Dominique Guellec, chef de la division science et technologie au sein de l’OCDE insiste : « certains dispositifs ne marchent pas bien mais on a peur de les supprimer ». Pour lui, il ne faut pas hésiter à pratiquer la « destruction créatrice », c’est-à-dire à retirer les aides inefficaces pour permettre aux autres d’être développées.

 Mieux évaluer les politiques d’innovation

Pour sa part, Frédérique Sachwald, directrice de l’observatoire des sciences et techniques au sein du HCERES* met l’accent sur l’évaluation de l’innovation. « Lorsqu’une politique est bien évaluée, le décideur est plus confortable ensuite, il est en position de force pour négocier », affirme-t-elle. Particulièrement en ce qui concerne les dispositifs d’aide publique, la chercheuse estime qu’une politique bien évaluée sera supprimée plus rapidement si elle ne fonctionne pas.

Repenser les politiques de la concurrence

La politique commerciale des plateformes telles que Google ou Amazon pose problème, selon Dominique Guellec.  « Il y a autant d’entreprises innovantes en France qu’à l’étranger mais elles ont du mal à croître », souligne-t-il. Les géants américains du numérique ont tendance à racheter toutes les start-up innovantes qui risqueraient de leur faire de l’ombre. Cela freine les possibilités de voir des entreprises françaises innovantes se développer à grande échelle. Le spécialiste de l’innovation de l’OCDE préconise une politique concurrentielle plus agressive.

* : Haut conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur.