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« Nous, notre boulot c'est de surveiller le malade, la zone euro », affirme Benoît Coeuré, membre du directoire de la BCE. Pour quels résultats ?

Une situation sans précédent

Dès le début de la conférence, Benoît Coeuré rappelle le contexte: « La situation actuelle dans laquelle se retrouve la BCE est la résultante de quatre chocs : la crise de 2007-2008, la crise de la zone euro, la chute du prix des matières premières, le ralentissement de l'économie des zones émergentes ». A situation exceptionnelle, remèdes exceptionnels : les taux directeurs de la BCE sont nuls et les taux de dépôts négatifs. Après plusieurs années de politique monétaire expansionniste, les résultats sont bien maigres.

Impossible de faire remonter l'inflation

La BCE a un objectif d'inflation à 2%, taux idéal selon elle pour relancer l'économie. Aujourd'hui, il n'y a pas d'inflation et les solutions orthodoxes sont insuffisantes. Selon la théorie de la courbe de Phillips, il y aurait une relation décroissante entre le taux de chômage et l'inflation. C'est-à-dire que lorsque l'inflation augmente, le chômage baisse et vice versa. Florence Pisani, économiste, explique que « quand le taux d'intérêt baisse, l'épargne devrait baisser car les ménages ont envie de consommer ». Et même si les taux d'intérêts sont plus faibles que jamais, l'épargne ne baisse pas et la consommation n'augmente pas. Patrick Artus résume le tout :« On n'est plus sûrs de comment déterminer l'inflation à long et court termes. »

La politique monétaire de la BCE cause t-elle trop d'effets négatifs ?

Pierre Jaillet, conseiller spécial du gouverneur de la Banque de France, distingue deux comportements. Le premier est majoritaire. Il consiste à dire que nous n'avons pas atteint nos objectifs et que les taux d'intérêt doivent rester bas jusqu'à ce que la croissance soit relancée. Le second est minoritaire. Il consisterait à dire que les objectifs économiques ont été presque atteints et qu'il faudrait normaliser la situation. Patrick Artus, auteur de La folie des banques centrales, fait partie de ces derniers. Il craint l'irréversibilité, c'est-à-dire que si les taux sont longtemps trop bas qu'ils ne remontent jamais.

Pourquoi la banque centrale ne joue pas de rôle politique ?

La politique monétaire n'est pas suffisante, elle doit se conjuguer à une politique budgétaire. Pourquoi la BCE ne peut pas investir ? Lutter contre le chômage ? Aujourd'hui, toutes les grandes banques centrales sont indépendantes de la politique. D'après Benoît Coeuré, « la BCE est un émetteur de monnaie dans lequel on a confiance, cela permet d'assurer la stabilité des prix. » Le membre du directoire de la BCE est formel : « C'est aux pays de faire les réformes ! »