Les indicateurs de richesse ont été au centre des débats ce mercredi à la Bourse du travail, dans le cadre de la conférence « Une économie qu’on mesure de moins un moins ». Un postulat de départ qui a incité les intervenants à s’intéresser aux indicateurs alternatifs.

« Le PIB mesure ce qu’il est censé mesurer, indique Martine Durand, directrice des statistiques de l’OCDE. On lui a donné un rôle qu’il ne doit pas avoir : mesurer le bien-être ou la qualité de vie. » Pour cette raison, l’OCDE, comme d’autres instances internationales, ont mis au point de nouveaux indicateurs alternatifs. Par exemple, Better Life Index, une étude publiée tous les deux ans, analyse la situation matérielle des individus, la qualité au travail ou l’impact environnemental.

Frénésie de chiffres

Pour sa part, l’intitulé de la conférence laisse l’économiste Florence Jany-Catrice dubitative. « Je trouve que nous sommes au contraire dans un monde où on mesure de plus en plus, nous sommes envahi par les chiffres », prévient-t-elle, dès le début de la conférence. La chercheuse, critique sur la question des indicateurs, dénonce une frénésie du chiffre, notamment sur les nouvelles problématiques du bien-être. « C’est une dérive de quantifier le bonheur ou l’éducation. Ce sont des concepts difficiles à chiffrer, on ne peut pas quantifier objectivement la qualité », affirme-t-elle.

Cette tyrannie des chiffres, Martine Durand tient à la nuancer. Les études statistiques produites par l’OCDE ne sortent pas de nulle part. « Les statisticiens travaillent en collaboration avec des experts, des chercheurs, pour produire leurs chiffres avec un ancrage dans la réalité », précise-t-elle.

La statistique au service du pouvoir ?

Mais plus que les indicateurs, c’est l’utilisation de ces données que Florence Jany-Catrice critique. « La statistique est toujours un instrument socio-politique. Elle est un outil de preuve mais sert également la puissance de l’Etat », lance-t-elle. Et d'ajouter :« certains indicateurs sont créés à la demande des pouvoirs publics ». La chercheuse critique également la multiplication du nombre d’indicateurs qu’elle qualifie de « fuite en avant ».

Jean-Louis Tavernier, directeur de l’INSEE, estime qu’il y a néanmoins une certaine obligation : « on nous demande des indicateurs qui soient comparables à l’international ».