Daech joue sur les croyances pour mieux asseoir son pouvoir. L'annonce d’une apocalypse proche permet un recrutement basé sur la peur de la fin du monde. Le choix du nom « Dabiq » pour magazine de propagande n’est pas anodin non plus : dans l’eschatologie islamique, Dabiq désigne une ville où s’est déroulée une bataille entre Byzantins et une armée musulmane... D’où l’intérêt des potentielles recrues à rejoindre l’organisation, afin de mener un nouveau combat pour défendre le « califat », auto-proclamé en 2014. Les recrutements ont d’ailleurs grimpé en flèche après cette date. Aujourd’hui, si l’organisation terroriste perd du territoire, notamment à Mossoul, deux solutions s’offrent à elle : soit l’abdication, soit le renforcement de la théorie de l’Apocalypse, et donc son anticipation.

Jean-Paul Azam, économiste passionné d’histoire et de conflits, évoque « le pari de Pascal » : les recrues de Daech n’ont pas à adhérer entièrement à ces croyances. Il suffit d’être convaincu que ça pourrait être vrai, que rejoindre les rangs de Daech permettra d’accéder à la vie éternelle après la mort, pour basculer.

Une méthode connue des économistes

Paul Seabright, de l’école de Toulouse, a trouvé des ressemblances entre la stratégie de Daech et l’économie des plates-formes. Le principe d’une plate-forme est d’attirer plusieurs groupes d’utilisateurs, de les mettre en relation les uns avec les autres, et d’en attirer de nouveaux en mettant en avant la qualité de leurs prédécesseurs. Un indice, selon lui : les références aux « saints » et aux « héros », prêts à tout sacrifier, dans la communication de l’organisation Etat Islamique.

Une guerre moderne

L'adhésion au groupe islamiste est facilité par la « cyber-barbarie » perpétrée par l’organisation terroriste. Les cadres de Daech sont « très forts en technologie », avance Jean-Paul Azam. Les technologies actuelles leur permettent de faire venir les recrues sur place, de diffuser planétairement leurs démonstrations de force, axées sur « la discipline des troupes » et « un équipement militaire sophistiqué ». « Et les contrôler est difficile, car les réseaux sont cryptés », ajoute-t-il. La guerre menée par les djihadistes actuellement s'oppose aux guerres traditionnelles. Jean-Paul Azam prend l'exemple de Saint-Augustin, qui invitait à se focaliser sur "la cité céleste" et non sur les "laideurs de la cité terrestre". C'est tout le contraire de Daech, qui met l'accent sur la violence extrême. Et ce dans deux buts: intimider l'ennemi potentiel en le terrorisant, et favoriser le recrutement.