"On n'écoute pas assez les économistes". A une question posée par un étudiant aux Jéco, Jean Tirole est formel: les pouvoirs publics devraient davantage se préoccuper de leurs travaux. Ils les ont parfois prévenus, comme lors du naufrage pendant la crise de certaines banques espagnoles et de leur renflouement par l'Etat. "Nous leur avions dit qu'ils allaient droit dans le mur."

Mais Jean Tirole le reconnaît, les économistes universitaires ne font pas beaucoup d'efforts pour s'impliquer davantage dans la politique. Ils restent dans leur tour d'ivoire, préférant s'investir dans la recherche. "Moi-même, jusqu'il y a deux ans, je ne me consacrais qu'à la recherche et à l'enseignement. Avec mon Prix Nobel d'économie, j'ai compris que j'avais davantage de responsabilités aujourd'hui", lâche-t-il.

Un cercle politique d'économistes

Pour Jean Pisani-Ferry, commissaire général à France Stratégie (un institut public), le rôle des économistes dans la décision politique est nécessaire: "''Certains experts vont travailler dans l'appareil d'état. D'autres restent plus dans leur position de chercheurs mais contribuent aux politiques publiques en critiquant, en analysant les choix. Un écosystème a besoin de tout ça". '' Les partis politiques et les candidats à la présidentielle l'ont bien compris. Tous s'entourent d'experts économiques. Jean-Luc Mélenchon s'est attaché les services de Jacques Généreux, Marine Le Pen ceux de Bernard Monot et de Jean-Richard Sulzer. Mais le discours de certains économistes est paradoxal. Jean Tirole, qui, selon le magazine Capital aurait été consulté par Alain Juppé, veut bien aider à la décision publique mais il assure ne pas vouloir participer à l'élaboration des programmes des candidats à la présidentielle. "Lorsque les économistes expriment une position politique ou aident un homme politique, ils sont très vite déconsidérés". Il faudrait savoir...