Dix milliards d’euros sont alloués chaque année aux agriculteurs européens par l’Union européenne dans le cadre de la politique agricole commune (PAC). "Un montant conséquent" même si paradoxalement "les agriculteurs gagnent de moins en moins d’argent", souligne Sébastien Jean, directeur du CEPII, Centre d'études prospectives et d'informations internationales et directeur de recherche à l'INRA. Les agriculteurs touchent en moyenne 30.000 euros par exploitation, en France.

Une politique publique indispensable à l'agriculture française, qui reste une des forces commerciales de l'économie tricolore, selon Sébastien Jean. "Depuis les années 2000 et jusqu'à l'année dernière l'excédent commercial s'est focalisé sur trois filières, le blé, le fromage et les vins et spiritueux", précise-t-il.

Réduire l'appauvrissement rural

Sébastien Jean souligne également l'importance qu'a eue la PAC dans la lutte contre l'appauvrissement rural. "La PAC a contribué à maintenir un revenu moyen relativement décent. Mais elle n’a pas réussi à réduire à venir suffisamment en aide à des secteurs particulièrement touchés par les bas revenus, comme l'élevage" constate-t-il. Sophie Thoyer, professeur d'économie agricole à Supagro Montpellier souligne pour sa part le changement d’une politique de soutien des prix à une logique d’aide à l’hectare. Une dimension qui ne va pas vraiment dans le sens d’une PAC plus juste selon elle. "Plus on a d’hectares, plus on est aidé et cela uniformément en Europe."

Le verdissement de la PAC

La PAC a également une ambition environnementale en incitant les agriculteurs à adopter des pratiques plus respectueuses de la nature. 30 % des paiements directs sont en effet conditionnés au respect de trois pratiques agricoles: la diversification des cultures (au moins trois types), la préservation des pâturages et l’installation de 5% de surfaces d’intérêt écologique de type haie à partir de 2018. L'effet de ces trois mesures pour le France serait très faible. « Les trois mesures de verdissement ont été tellement renégociées que les Etats ont reconquis le droit de les retraduire à leur manière » estime l’enseignante de Supagro. Le "verdissement" de la PAC ne serait donc pas à la hauteur de ce qui était initialement prévu.

Sébastien Jean pointe pour sa part les dossiers alarmants de l’agriculture française : la pollution des eaux aux nitrates, l’appauvrissement des sols et la baisse de la biodiversité. "Les politiques publiques ont un rôle à jouer dans ces domaines pour accompagner les agriculteurs et accélérer les changements" affirme-t-il. Et Sophie Thoyer de conclure: "la PAC est un grand paquebot qu'il est difficile de faire changer de cap. La PAC plus verte existe davantage dans la rhétorique que dans les faits même s'il est important de souligner les efforts en faveur de l'environnement".

Quelle conséquence aura le Brexit sur la prochaine PAC?

Le départ du Royaume-Uni de l'Europe risque d'avoir des conséquences non négligeables sur la PAC entrant en vigueur en 2020. Chaque année, le Royaume-Uni contribuait à hauteur de 12 milliards d'euros au budget de l'Union européenne... et ses agriculteurs recevaient 4 milliards, qu'ils n'auront plus, une fois le Brexit entériné. Au niveau européen, la PAC subira, quant à elle, une baisse de 5% de son budget net. Les rapports de force risquent également de changer lors des négociations. Les Britanniques étaient en faveur d'un fonctionnement libéral et non interventionniste sur les marchés agricoles. Certains Etats pourraient alors peser davantage en faveur d'une régulation de l'agriculture européenne. Outre la question purement économique, la sortie du Royaume-Uni pourrait avoir des conséquences sur l'orientation écologique de la PAC. "Le Royaume-Uni a beaucoup poussé pour l'aspect environnemental de la PAC. Qui va prendre le relais dans la négociation?" s'interroge Sophie Thoyer.