Des applications comme Uber, Booking ou Blablacar tendent à remplacer les intermédiaires classiques dans les services, comment cela impacte l'économie ?

Philippe Escande: Les intermédiaires, il y en a toujours eu, certains partent et d'autres les remplacent. Le guichetier ou la standardiste, aujourd'hui, ils sont remplacés par un logiciel. Cet âge du logiciel a un impact majeur pour l'économie. Le logiciel peut désormais prendre le contrôle d'une voiture et vous mener à bon port, ce n'est pas que du virtuel, il a de la valeur en tant qu'objet. D'ailleurs, ceux qui font ces logiciels sont les gagnants de cette mutation.

Avec un seul représentant majeur par secteur d'activité, n'y a t-il pas un problème de concurrence ?

C'est vrai. Sur Internet il y a un effet de réseau: plus on est gros, plus on gagne et vice-versa. Et comme au poker, le gagnant ramasse tout. Google a le monopole de la recherche en ligne et Facebook possède la quasi-totalité du marché des réseaux sociaux. Mais à un moment donné il y a des changements technologiques que certains n'arrivent pas à suivre. Microsoft avec Internet Explorer était le champion du navigateur web, et un jour il a été balayé par l'arrivée du smartphone et la concurrence de Google. Au fur et à mesure, une compétition s'instaurera entre quelques acteurs, même si leur nombre restera réduit.

Est-ce qu'il est possible qu'un nouveau service en ligne. puisse rendre Google obsolète ?

Bien sûr. C'est déjà le cas. Lorsque Facebook a démarré, Google a voulu lui barrer la route avec son propre réseau social mais il a échoué. Je dirais même que c'est plus facile que dans le monde physique. En aéronautique, il faudrait vingt ans pour espérer lutter avec Boeing et Airbus, pour concurrencer Google, ça peut se faire en deux ans.

"Bienvenue dans le capitalisme 3.0", de Philippe Escande et Sandrine Cassini, publié aux éditions Albin Michel.