« Le triplement de la production, si une région peut le faire, c'est bien l'Afrique » explique Jean-Luc François, directeur de la division agriculture, développement rural et biodiversité à l'AFD. Ici, on balaie vite les préjugés sur l'agriculture en Afrique. « Il faut détruire les mythes » explique le chercheur du CNRS Joël Ruret. Non, la révolution verte ne se résume pas à du mono-produit en Afrique. Non, l'exportation n'est pas la seule source d'investissement de ce continent. Et non, la mécanisation de l'agriculture n'est pas créatrice de chômage.

L'investissement en Afrique, ça marche

Un objectif : comprendre comment l'investissement peut fonctionner en Afrique au sein de cette révolution verte. Pour les experts, plusieurs solutions se dessinent. « En Zambie, il y a un programme d'aide à la mécanisation. Celui qui a emprunté peut proposer des prestation de service avec son tracteur par exemple. Il rembourse ainsi plus vite son emprunt. » raconte Eric Scopel, docteur en agronomie.

Une zone d'ombre émerge: l'arrivée de fonds de pension extérieurs représente-t-il un danger pour le développement d'une agriculture actuellement en expansion? « Il y a plusieurs types d'investisseurs, rebondit Jean-Luc François, comme l'accaparement de terrains gigantesques de 100 000 hectares. Ceux là n'en feront rien de bon. »

L'investissement privé n'est pour autant pas chassé des terres africaines: « Dès lors que l'investissement se fait dans des lieux sans trop de pression foncière et que les tailles de terrain ne sont pas démesurées, les investisseurs peuvent créer un bassin d'alimentation vertueux. » ajoute Eric Scopel « C'est pour ça que je défends des fonds d'investissement de type private equity : ils revendent au bout de 5 à 7 ans. » Seul bémol à la démonstration:il existe encore des élites africaines rentières. La marge de manœuvre est alors assez limitée.

Révolution verte versus enjeux environnementaux

La révolution verte se fait cependant dans un cadre complexe : celui du réchauffement climatique, de l'incitation à moins émettre et de la recherche de coupables. « L'Afrique est une victime. Elle n'est pas responsable de cela. » martèle Jean-Luc François.

Pour les experts, plusieurs solutions apparaissent pour accompagner le continent dans ce contexte: le développement de la recherche sur les cultures plus traditionnelles de l'Afrique, le recensement des plantes moins sensibles à des besoins aquatiques, le travail sur la diversification des plantations et la gestion des ressources pluviométriques.

Des pistes pour proposer à la clef des emplois aux 10 millions de jeunes qui chaque année entrent sur le marché du travail, en Afrique. Ils sont d'ailleurs particulièrement touchés par le chômage: en 2013, selon l'Organisation internationale du travail, sur 75 millions de jeunes chômeurs dans le monde, 38 millions se trouvaient sur le continent africain.