Hasard du calendrier, c'est le jour où Uber lance à Paris Ubereats (service de livraison de plats en partenariat avec des restaurateurs) que se tenait à Lyon la conférence sur l'économie du partage. Au programme, un dialogue entre la France et le Canada via Skype autour d'économistes des deux pays, du conseiller délégué à l'économie sociale et solidaire (ESS) à la région Rhône-Alpes ou encore d'un représentant d'Uber au Canada.

Pendant une heure, les intervenants ont tenté de dessiner les contours de « l'économie du partage ». Une évolution récente de la société pas toujours facile à distinguer de l'ESS ou de l'économie collaborative et qui va de Uber à Airbnb en passant par Zilok et Wikipédia. « L’économie du partage englobe tous les acteurs économiques qui capturent les externalités positives de la société, tente le sociologue Serge Proulx. Certains formalisent une activité non-marchande préexistante, d’autres inventent de nouvelles formes de partage des ressources et puis il y a les entrepreneurs qui créent des plates-formes pour monétiser le partage. »

Vers un capitalisme sauvage ?

Le débat s’est concrétisé lors de la dernière demi-heure consacrée aux questions du public composé d'utilisateurs assidus ou potentiels des sites collaboratifs. De manière quasi-unanime, les consommateurs sont encore inquiets : cette monétisation de la générosité est souvent perçue comme destructrice d'emplois et représentative d'un capitalisme sans limites.

Des craintes admises mais nuancées par les intervenants. « L'économie collaborative induit des destructions d'emplois chez les concurrents plus traditionnels, admet Jean-Nicolas Guillemette d'Uber Canada. Mais au final, c'est l'ensemble de la communauté qui bénéficie de ces nouveaux services. »

Autre perte évoquée, celle du lien social : « Avant si j'avais besoin d'une perceuse mais que je ne voulais pas l'acheter, je sonnais chez mon voisin qui me prêtait la sienne. Aujourd'hui, je vais probablement aller sur des sites de location entre particuliers ou sur Le Bon Coin, reconnaît l'économiste Damien Demailly. »

Il est cependant encore trop tôt pour affirmer que ces craintes sont fondées. En constante ébullition, l’économie du partage va continuer à évoluer dans les années à venir, pour le pire ou pour le meilleur.