« Comme toutes les sciences, l'économie a vocation à reconstruire un modèle réduit de la société ». Au Palais de la Bourse de Lyon, Marie Duru-Bellat, sociologue à l'Observatoire Sociologique du Changement, parle de l'économie comme d'un « régime de la réalité » qui a une fonction de représentation de la société.

« La société a besoin de se tourner vers les économistes »

Pour Martin Hirsch, directeur général de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), « la société a besoin de se tourner vers les économistes ». Ils peuvent notamment « nous aider à définir des pistes pour mieux soigner les populations ».

L’économie peut aussi donner des outils de rationalisation au service d’un projet de société. Mais encore faut-il en avoir un. « Cela fait quarante ans que nous sommes en panne de projet politique », remarque Gaël Giraud, directeur de Recherche au CNRS. En 1945, la société s'est retroussée les manches pour reconstruire l'Europe. Dans les années 1970-1980, les nouvelles générations n'ont pas voulu revenir aux idéaux du siècle passé, qui pour eux, avaient mené au totalitarisme, à Hiroshima et à Auschwitz. Alors nous avons cru que l'économie de marché était la solution qui apporterait la prospérité. Mais ça n'a pas marché ».

Sortir de la logique du « toujours plus »

La domination de l'économie serait ébranlée, atténuée par de nouvelles mesures tout aussi significatives. « Il n'y a pas que le revenu et le prix ! D’autres indicateurs comptent, comme ceux mesurant le bonheur », remarque Marie Dulu-Bellat. Selon la sociologue, les économistes auraient tendance à plier la réalité à leur modèle d'analyse.

Une position que ne partage pas Daniel Cohen, professeur de Sciences économiques à l'ENS : « Nous vivons dans un monde où l'économie dévore tout. C'est la société qui réclame de la croissance et du pouvoir d'achat. Les économistes ne font que le constater. Je suis convaincu de la nécessité de sortir de la logique du « toujours plus ». Parce qu'il n'y a plus de croissance.». La première pierre du projet de société qui reste à bâtir ne serait donc pas économique, comme le projette Gaël Giraud: « Le nouveau projet politique n'est-il pas la transition écologique ? »

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Jamal El Hassani et Morgane Le Cam Etudiants IPJ - Paris Dauphine