"Personnellement, j'ai énormément de mal à comprendre les informations économiques lorsqu'elles sont diffusées dans les médias", lance d'emblée Martin Fournier, maître de conférences à l'Université Lyon-II. "Pendant toute une journée, à la radio, on a annoncé la baisse du taux directeur de la BCE de 0,25 points sans jamais expliquer l'impact que cela pouvait avoir", se souvient l'enseignant en économie. Une étude, menée par les étudiants de Lyon-II, tend à souligner que l'intérêt et la compréhension de l'information économique diffusée dans les médias étaient plus faibles chez "les jeunes et les moins diplômés". Améliorer la formation économique des Français, vulgariser davantage les problématiques liés à ce thème ou encore traiter de sujets du quotidien plutôt que d'économie globale... Voici les principales pistes suggérées par l'enquête. "L'information économique est de plus en plus présente mais il y a une inadéquation entre l'offre et la demande", explique Martin Fournier.

"On considère souvent que l'économie c'est emmerdant"

Un constat partagé par Sybille Descolzeaux, présidente du CESER Rhône-Alpes : "Les informations restent inaccessibles et peu accueillantes. Le niveau des Français en économie reste faible. Mais ils ont à la fois envie et besoin de comprendre ses mécanismes et enjeux." Pour Philippe Frémeaux, éditorialiste à Alternatives économiques, des efforts ont pourtant été réalisés au niveau de l'offre : "Il n'y a jamais eu autant d'information économique de qualité dans les médias qu'aujourd'hui." Selon lui, le problème serait avant tout idéologique. "Dans les médias généralistes, on considère souvent que l'économie c'est emmerdant. Il n'y a pas de pédagogie", se désole celui qui est également délégué général de l'Institut pour le développement de l'Information économique et sociale (Idies). "Parfois, les journalistes de la rubrique éco sont placés là car ils n'ont pas eu le poste souhaité en culture, politique ou sport", prétend-t-il. Les journalistes chargés de traiter de l'actualité économique souffriraient de trois maux : ils seraient mal formés, peu nombreux et ils manqueraient de temps pour bien travailler.

Les économistes et les Français sont aussi fautifs

"Les choses changent et vont dans le bon sens", tient a rassurer Jean-Marc Vittori, modérateur de la table ronde. S'il admet les fautes des journalistes, il estime que les économistes ont aussi leur part de responsabilité. "Ils ont tendance à s'enfermer dans leur tour d'ivoire. A rester dans leur communauté et ne pas aller vers les autres", estime le journaliste des Echos. François Bourguignon, ancien directeur de l'Ecole d'économie de Paris et ancien vice-président de la Banque Mondiale, entend ce reproche mais nuance en indiquant la différence méthodologique entre les deux professions. "Certains économistes sont réticents vis-à-vis des journalistes car ces derniers veulent savoir si c'est blanc ou noir alors que la réponse à la question n'est pas toujours aussi évidente", analyse l'ancien directeur de l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS). "Les Français ont une vision particulière de l'économie. On estime que le marché est difficile et ennuyeux", souligne Jean-Marc Vittori. Pour Martin Fournier, cette attitude peut déboucher sur deux réactions dangereuses : un rejet de l'information par manque de compréhension ou une remise en cause de l'honnêteté de l'intervenant. En tous cas, d'après l'étude, les journalistes et les économistes restent les "intervenants les plus facilement compréhensibles" pour le grand public.

Kozi Pastakia - Etudiant IPJ - Paris Dauphine @Kozi_P #JECO2014