Historiquement, la présence d’institutions démocratiques facilite le développement économique d’une société. Ainsi avec un projet à visée totalitaire, la Chine de 1950 était deux fois plus pauvre que l’Afrique. Or depuis 1978 et l’arrivée au pouvoir de Deng Xiaoping, un début de démocratie s’est installée et l’économie chinoise a bondi. Une situation comparable au reste de l’Asie orientale, qu’explique Michel Aglietta, membre du Haut Conseil des Finances Publiques. « Quatre conditions sont nécessaires pour promouvoir le développement : un leadership de l’Etat pour promouvoir des biens publics (qui s’exprime à travers une légitimité politique). Un secteur public en liaison avec des grandes entreprises privées. Enfin, une bureaucratie et des politiques volontaristes ». Dès lors, la démocratie semble être le meilleur levier de développement de l’économie d’un pays.

Pour expliquer l’interaction entre les deux composantes, on ne peut se contenter de la définition de la démocratie occidentale, comme le souligne Fouad Abdelmoumni, directeur de l’institut de microfinance Al-Amana. « Très souvent, on part du principe que si la laïcité absolue, l’égalité hommes-femmes, les libertés sexuelles ne sont pas présentes dans un Etat, nous ne sommes pas dans une démocratie », explique l’économiste. Si la démocratie ne se définit pas forcément selon un modèle importé des pays occidentaux, François Roubaud, directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement, précise qu’elle reste faite de concepts universels : élections libres et transparentes, liberté d’expression et politique (choix de son parti) mais également l’égalité devant la loi, la liberté de culte et la liberté de voyager.

Ne pas se contenter du seul régime politique

Les institutions politiques n’expliquent que partiellement la corrélation entre développement économique et démocratie. Cette dernière doit se retrouver dans toutes les sphères de la société, à travers l’avènement d’actes démocratiques quotidiens. « Il faut des espaces d’échange entre individus pour faire émerger un bien commun », analyse Isabelle Thireau, directrice d’études à l’EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales). Le bien commun serait-il le liant nécessaire pour que la démocratie agisse positivement sur le développement ? Cela se traduit par le concept de soutenabilité : les démocraties se distingueraient des autres régimes politiques par la présence d’une solidarité intergénérationnelle. Mesurer la qualité de la croissance plutôt que la quantité brute du PIB. Ce serait la nouvelle arme de la démocratie.

Nicolas Flon et Laëtitia Bezain Etudiants IPJ - Paris Dauphine