Au G20, réuni en Australie, l’Union européenne a été sommée, le 14 novembre, de doper une croissance atone, sur le thème : « le monde ne peut se permettre une décennie perdue en Europe », comme l’a déclaré le secrétaire américain au Trésor Jacob Lew. Cet appel à l’action d’urgence, la Banque Centrale Européenne y est sensible depuis des années. Dès la crise financière de 2008, elle ne s’est pas contentée de jouer sur les taux d’intérêt, l’un de ses principaux instruments réglementaires, et a utilisé des armes « non conventionnelles », fournissant des liquidités aux banques pour enrayer la catastrophe financière, comme l’a rappelé son ancien président Jean-Claude Trichet, lors de la table ronde consacrée à la politique monétaire.

"Le consensus s'est effrité"

Son successeur, Mario Draghi, a amplifié le mouvement en rachetant des obligations des pays les plus en difficulté, comme la Grèce ou l’Irlande, étranglés par leur énorme dette, puis en achetant des actifs sur le marché. « Un engagement fort de la BCE » pour rétablir la confiance, les prêts bancaires et promouvoir l’investissement qui fait défaut dans bien des pays de la zone euro confirme Agnès Bénassy-Quéré, Présidente déléguée du Conseil d’analyse économique. Peut-elle aller plus loin ? Le consensus qui était apparu pour éviter le pire entre pays membres de la zone euro « s’est effrité » regrette-t-elle. Les Allemands, notamment, craignent une mutualisation des dettes « sans aval démocratique » et une tentation, pour les gouvernements, de laisser filer leurs déficits publics, à l’abri du parapluie de la BCE. Bref, en jouant le rôle de prêteur en dernier ressort » la BCE pourrait être « porteur de risque en dernier ressort ».

Chacun sa route, chacun son chemin

Les limites des moyens d’action de la BCE sont doubles : contrairement aux Etats-Unis, où 80% des crédits passent par le marché, ce qui a permis à la Réserve Fédérale de relancer l’activité en achetant massivement des obligations privées, l’Europe dépend, pour 80% de ses crédits, du système bancaire. Et la zone euro ne bénéficie pas, contrairement aux Américains, d’un budget et d’impôts fédéraux permettant de relancer l’économie. Autrement dit, de coordonner politique monétaire et politique budgétaire. Alors même que l’inflation est loin de son objectif à moyen terme de 2% -il est inférieur à 1% depuis 2013- et que le spectre de la déflation plane sur l’Europe, la BCE peut encore innover mais elle ne peut, seule, pousser les feux de l’activité. A chaque pays d’utiliser au mieux ses marges de manœuvre : l’Allemagne, en relançant l’investissement public et en laissant les salaires augmenter, pour assurer « une hausse des prix plus rapide qu’ailleurs dans la zone euro, et sauver l’euro » selon Xavier Ragot, président de l’OFCE ; les pays en mal de réformes structurelles, comme la France ou l’Italie, en accélérant leur mise en œuvre. Le tout en se coordonnant mieux au niveau de l’Union Européenne. Un défi avant tout politique. Alors que pour les Etats-Unis, le défi de la Fed est d’un autre ordre : revenir à la normale sans casser la confiance et la reprise.

Françoise Crouïgneau #JECO2014