L'intitulé de la conférence est "Bitcoin : pour le meilleur ou pour le pire ?" Vous êtes donc fatalement du côté du "pour le meilleur"?

Pierre Noizat : Oui, pour le meilleur! Le titre de la conférence est un peu bizarre. Bitcoin est une invention. En France, on l'aborde sous l'angle du meilleur et du pire. On pourrait l'aborder sous un angle plus optimiste.

Il ne faut pas toujours agiter des peurs sinon on n'avance pas. Si on met uniquement les risques en avant, comme pour les drones ou les imprimantes 3D, les citoyens vont s'en désintéresser. Il vaut mieux insister plus sur les opportunités que sur les risques, qui sont souvent exagérés par la résistance au changement et une peur irrationnelle de la nouveauté

Comment explique-t-on le scepticisme des Européens et l'engouement des Américains pour Bitcoin ?

C'est culturel. Je pense qu'en France, nos dirigeants sont, pour beaucoup, issus de l'ENA. Ce sont des littéraires. Pour eux, la technologie est un pays inconnu. C'est comme si vous faisiez de l'anthropologie sans parler la langue des peuples que vous étudiez. Il faut apprendre la langue informatique, apprendre les protocoles informatiques...

Nous sommes au 21ème siècle, on ne peut plus fonctionner comme avant en disant que la technologie est réservée aux ingénieurs. La technologie est le cœur de l'économie aujourd'hui. Les Américains l'ont compris. Depuis leur création, les start-up Bitcoin aux Etats-Unis ont levé au total près de 500 millions de dollars. En Europe, on est à un niveau proche de zéro. Je ne pense pas que les Européens aient des leçons à donner aux Américains surtout en matière de numérique.

Est-ce que la technologie Bitcoin peut prendre en Europe ?

J'en suis convaincu. C'est comme le web, c'est comme Paypal... Tout le monde utilise Paypal aujourd'hui. Sauf que c'est une technologie américaine. Ma démarche est de dire qu'en Europe, on doit avoir des acteurs européens. Comme c'est un logiciel libre on doit pouvoir y arriver.

Tous nos systèmes de paiement sont dominés aujourd'hui par les Américains. On peut s'interroger sur l'attitude de la BCE très critique par rapport à Bitcoin alors que c'est plutôt une opportunité pour inverser une tendance très lourde. Pour moi, il est incompréhensible que l'intérêt général des Européens ne soit pas mis en avant.

Propos recueillis par Margaux Bourdin - Etudiante IPJ - Paris Dauphine @MargauxBdn #JECO2014