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Baisse de l’attractivité des pays du sud de l’Europe, disparités économiques à l’intérieur de la zone euro, élargissement de l’Union Européenne : une nouvelle carte des mobilités des Européens s’est dessinée après la crise. « Le décrochage économique des pays de l’Europe latine et de l’Irlande ont eu pour conséquence de créer une concentration des migrations au nord de l’Europe », explique Cécile Jolly, conseillère à France Stratégie. « Les flux de l’Est vers l’Ouest ont, quant à eux, été tirés par la liberté de circulation acquise récemment. Les Roumains et les Polonais sont les Européens les plus mobiles », poursuit t-elle.

Cette réorganisation des flux migratoires au sein de l’Union Européenne participe à la montée de l’hostilité envers les immigrés, « y compris envers les immigrés intracommunautaires, comme on a pu le constater récemment avec le gouvernement de David Cameron au Royaume-Uni. Cette hostilité est surtout marquée à l’égard des ressortissants bulgares et roumains », souligne Cécile Jolly. Depuis un an, le Premier ministre britannique fait de la limitation de la liberté de mouvement au sein de l'UE son principal cheval de bataille de ses négociations avec Bruxelles.

Le tourisme social au cœur de la polémique

« La crise a causé un durcissement des prestations sociales vis-à-vis des immigrés dans certains pays car l’immigration est vue comme un poids pesant sur les dépenses publiques », précise Lionel Ragot, professeur d’économie à l’Université à Paris Ouest Nanterre La Défense. Un arrêt de la Cour de justice européenne, rendu le 11 novembre, vient appuyer cette remarque. Cette dernière a donné raison aux autorités allemandes qui avaient refusé d’octroyer des prestations familiales à une ressortissante roumaine car elle ne cherchait pas d’emploi. La Cour a statué que les Etats membres de l’Union n’étaient pas tenus d'accorder des prestations sociales à des citoyens d’autres Etats membres ne se rendant sur leur territoire que dans le but de bénéficier de l’aide sociale. Ce « tourisme social » est également au cœur de la polémique au Royaume-Uni. Depuis le 1er janvier, le gouvernement britannique a restreint l'accès à certaines allocations pour les immigrés, en leur imposant un délai de trois mois après leur arrivée. Une mesure qui va à l’encontre d’une étude réalisée par des économistes de l’University College London. Le rapport, publié le 5 novembre, démontre que l’immigration européenne au Royaume-Uni a rapporté l’équivalent de 25 milliards d’euros sur les dix dernières années.

Pour en savoir plus : Eloi Laurent : "La sociale-xénophobie est le discours le plus hostile à l'Etat-Providence"

Laëtitia Bezain

@laetitiabzn