Joël Ruet, chercheur au CNRS au Centre d’Etudes Français sur la Chine Contemporaine à Hong Kong, Antoine Brunet, co-auteur de « La visée hégémonique de la Chine », Mamadou Diallo, président du mouvement Tekki et député à l’Assemblée nationale du Sénégal, et Vincent Rambaud, se sont exprimés sur les firmes chinoises à l’assaut du monde.

Une concurrence sous contrôle politique

Pour mieux comprendre la pensée chinoise d’expansion industrielle, Joël Ruet propose d’abord de s’intéresser à leur culture d’expansion interne. Il existe une notion de rente en Chine, où la « baronnie » régionale demeure. La Chine, en mettant en marche des moyens financiers, a créé une rente nationale, et organisé une compétition entre les entreprises pour ces rentes. Leur évolution à l’étranger doit s’évaluer d’après ce critère. Seules celles qui en bénéficient peuvent s’internationaliser. Antoine Brunet a relevé le coût salarial encore incroyablement bas de la Chine, qui la met en position de « sur-compétitivité ». Objectif affiché : récupérer, à terme, l’hégémonie monétaire des Etats-Unis, et payer le baril de pétrole en yuan. Alors, avec des investissements toujours plus importants, un poids dans l’économie mondiale (25% du marché mondial de ventes de voitures se trouve en Chine, rappelle Vincent Rambaud), faut-il redouter les Chinois, ou les voir comme des créateurs d’emplois et de richesse ?

Redouter ou attirer ?

Joël Ruet souligne ici que l’Etat chinois a une vision industrielle du monde, dont les états européens devraient se (re)doter. C’est le cas de l’Afrique, dont les pays s’arment d’une stratégie d’attractivité, comme le Sénégal. Mamadou Diallo précise que si pour l’instant les investissements chinois en Afrique restent limités (5% seulement des 75 milliards d’investissements, dont 50% vers l’Afrique du Sud), le Sénégal s’est engagé à construire un parc technologique à côté de Dakar afin d’attirer ces investisseurs, qui promettent 80 millions d’emplois en Afrique. « Nous n’avons pas l’impression que la Chine soit une puissance colonisatrice nouvelle » ajoute Mamadou Diallo.

Et si, finalement, le principal frein de l'expansion chinoise, c'était la Chine ? « Le gouvernement chinois a tendance à brider ses entreprises, afin qu’elles ne s’émancipent pas trop » souligne Joël Ruet. Vincent Rambeaud relève également un paradoxe. Selon lui, les nouveaux milliardaires chinois sont souvent affiliés au parti communiste. Ils influencent même de plus en plus le parti. « Qu’ils soient un jour à la tête du parti n’est pas inimaginable ». Ce jour là, peut-être paierons-nous le baril de pétrole en yuan.