Il est urgent d'attendre. Les économistes réunis autour de la question du gaz de schiste aujourd’hui ne sont d’accord que sur ce point. A l'heure actuelle, pour reprendre l’expression de Benjamin Dessus, ingénieur-économiste et président de l’association Global France, il est « trop dangereux » de se lancer dans cette aventure. Et ce pour des raisons écologiques, mais aussi économiques : pour Dominique Chauvin, prospectiviste, « on est dans l’incertitude absolue » quant à la quantité de gaz de schiste « récupérable ». En interdisant, « la France, cette fois-ci, a eu raison contre tous », a assuré Thomas Porcher, économiste à l’ESG-MS.

Les difficultés d’ordre environnementales sont désormais connues : la fracturation hydraulique ne fait pas l’unanimité, et les fuites éventuelles de gaz menacent la couche d’ozone. Car, comme l’a rappelé Benjamin Dessus, chiffres du GIEC à l’appui, « le méthane représente un tiers du problème total des gaz à effet de serre. »

Priorité à la transition énergétique

Au-delà des problématiques écologiques, Patrice Geoffron, directeur du Centre de géopolitique de l’énergie et des matières premières, a souligné qu’en aucun cas le gaz de schiste n’était « une solution à la récession ». « Ce qui se joue ici, ce n’est pas le retournement de la conjoncture ou de la courbe du chômage », a-t-il poursuivi. C’est surtout l’occasion « d’avancer dans la transition énergétique ». Thomas Porcher a renchéri : « L'avenir, c'est cette transition, et il y un chantier qui n’a pas encore été exploité, l’efficacité énergétique. »

Pour Patrice Geoffron, également professeur d’économie à l’université Paris-Dauphine, « il n’y a pas de contradiction entre l’exploitation de cette ressource et la transition énergétique, à condition d’être inventif. » Et, qui sait, « les techniques d’ici 2020 permettront peut-être d’éviter les fuites. » « On pourra alors considérer l’exploitation du gaz de schiste », a-t-il supposé. Rendez-vous dans 10 ans.