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L’une des premières crises financières de l’histoire du capitalisme a un caractère qui peut paraître anecdotique. Il s’agit de l’éclatement de la bulle de la tulipe en Hollande en 1637. S’en est suivi un effondrement des cours financiers et une cascade de faillites de banques.

Un peu comme en 2008 quand Lehman Brothers, banque d’investissement américaine, gorgée de prêts immobiliers toxiques, dépose le bilan. Avec les conséquences que l’on connait aujourd’hui en Europe : sauvetage des banques systémiques, hausse des dettes publiques, plans d’austérité, explosion du chômage…

Entre ces deux dates, une kyrielle d’autres crises financières sont venues perturber le fonctionnement de l’économie réelle. Pour n’en citer que quelque unes : la crise des années 30, la crise asiatique de 1997, l’éclatement de la bulle Internet au début des années 2000… Mais alors, «Pourquoi est-il si difficile de tirer les enseignements des crises passées ?», se demande Paul Seabright, professeur de sciences économiques à l’Université de Toulouse. «Elles n’ont jamais les mêmes causes», répond Nicolas Véron, économiste à Bruegel, un think tank européen. Et de poursuivre : «Il y aura toujours des crises financières tant qu’il y aura du crédit. Or ce dernier est absolument nécessaire à l’économie. Il permet de donner du pouvoir économique à des acteurs sans ressources. De plus, sans crédit, il n’y a pas de création d’entreprises, ni d’achat de maison pour les ménages… »

Révolution La révolution libérale des années 1980, avec les politiques de dérégulation menées par Margaret Thatcher, Premier ministre britannique de l’époque, et Ronald Reagan, président américain, ont ouvert des décennies de prospérité pour les marchés financiers. Tous les deux sont venus mettre en pièce les outils de régulation promulgués, entre autre, par Roosevelt dans les années 30. Conséquence : les acteurs se sont multipliés (hedge fund, fonds de pension, fonds spéculatifs, banque d’investissement…) ainsi que les produits financiers (titrisation, CDS…)

Dès lors, «le prix du risque est devenu trop faible. Ce qui a conduit les banquiers à emprunter à court terme pour prendre des positions très risquées», explique Michel Aglietta, professeur émérite d’économie. Et d’ajouter : «ces errements ont abouti à une dérive du crédit qui a provoqué la crise des subprimes de 2008»

Quid de la régulation ? Par analogie, l’on pourrait dire que la régulation est comparable à un meuble Ikea : il est toujours plus facile de le faire voler en éclat que de le monter. Paul Seabright y va lui aussi de sa métaphore : «plus le lapin court vite, plus le renard doit courir vite pour le rattraper.»

De son côté Michel Aglietta déplore le manque de courage politique. «Les Etats-Unis tout comme les Européens ont loupé le coche en 2008 pour mettre au pas les financiers et casser la prédominance des lobbys bancaires.»

Reste les politiques macroprudentielles avec leur batterie de mesures pour tenter de recouvrir un peu de stabilité financière. C’est le sens de la loi Dodd-Frank votée en 2010 par les parlementaires américains. Cette dernière prévoit notamment d'accroître le contrôle des autorités de régulation sur le système financier. Les normes bancaires Bâle III vont aussi dans le même sens. Issues d’un consensus entre les pays du G20, elles fixent un niveau minimum de capitaux propres pour les banques.