« La France risque la léthargie. Nous ne sommes pas face à une menace d’effondrement immédiat de l’économie française et c’est bien plus pernicieux » s’inquiète Hervé Bouilhol, économiste à l’OCDE. Le constat était unanime lors de cette conférence des Jéco « L’économie française entre rebond et déclin ? » : la France a de nombreux talents qu’elle n’arrive pas à exploiter pour sortir de la crise qu’elle traverse. Philippe Aghion, professeur de sciences économiques à Harvard, ne dit pas autre chose lorsqu’il constate que « les augmentations d’impôts sont une catastrophe qui risquent d’entraîner une récession ».

Des mesures gouvernementales inefficaces

Et le constat accablant est unanime. La dégradation de la compétitivité de la France se poursuit. Presque inexorablement. La Commission européenne vient de valider dans la matinée le plan budgétaire français pour 2014. Au-delà du soulagement engendré, ce qui reste préoccupant c'est l'inquiétude de Bruxelles sur l'absence de marges de manœuvre de la France. Patrick Artus, directeur de la recherche et des études de Natixis, enfonce le clou : « l’attractivité de la France est misérable. Le crédit d’impôt compétitivité va dans le bon sens mais ce n’est qu’un petit pansement pour une grosse plaie ! ». Les intervenants ont tous un reproche à adresser au gouvernement.

A l’opposé des autres participants, Eric Heyer, directeur adjoint au département analyse de l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques) se désole, lui, de la cure d’austérité que le gouvernement prodigue au pays : « le pacte de stabilité prévoit que lorsqu’un pays est au-dessus de 3% de déficit de son PIB, il doit réduire son déficit de 0 ,5%. En France cette année, nous l’avons réduit d’environ 1,5%. Pourquoi aller trois fois plus vite que la musique ? ».

Philippe Aghion ne manque pas l’opportunité de railler ce partisan de la relance par la demande qui « devrait relire Keynes ». En effet l’économiste de l’OFCE se trouve bien esseulé parmi les participants qui s’entendent tous pour prôner une relance de l’offre. Gérard Collomb, sénateur-maire de Lyon, ose même une analogie, comparant la dette à une pompe à morphine : « Cela fait du bien d’en injecter, alors on en abuse ». Et de conclure : « nous sommes devenus accros à la dette ».

(VIDEO) Quelles solutions pour la France ? Regards croisés Pierre Gattaz (Medef) - Philippe Aghion (économiste)