Trouver un avantage à la crise ? Alain Trannoy, directeur de l'Ecole d'économie d'Aix-Marseille, l'a fait. Il animait aujourd'hui la conférence intitulée "Faut-il relancer la taxe carbone ?". Et son constat est clair : c'est bien la crise économique - un "événement non climatique" -  qui a "hâté le pas" du gouvernement en matière de taxe carbone. Le directeur d'études à l'EHESS à Marseille dessine un parallèle avec l'Irlande, qui a mis en place une telle taxe en 2010. Là aussi, "c'est l'urgence budgétaire qui avait fait sauter le pas."

En France, la contribution climat énergie serait introduite à 7 euros la tonne de CO2, et monterait en puissance d’ici 2016, atteignant 22 euros. Elle rapporterait alors 4 milliards d’euros en 2016, de quoi financer la deuxième tranche du Crédit d’Impôt Compétitivité Emploi, explique l’économiste.
Si c'est pour financer la baisse du coût du travail que la taxe carbone fait son apparition, elle est aussi censée contribuer à la transition énergétique.

Transparence et compensations

Pour Dominique Bureau, délégué général du Conseil économique pour le développement durable, "le gouvernement doit être transparent sur la manière dont est utilisé l’argent". Pour que la taxe soit maintenue, mais aussi pour éviter que l’opinion se braque contre elle comme avec l'écotaxe, a analysé Alain Trannoy. Ce dernier insiste sur "l’effort de pédagogie" nécessaire à son introduction, accompagné de « compensations ».

La taxe carbone augmenterait dès 2014 le prix des énergies dites "polluantes" :  + 2,9 centimes d’euros par litre de gazole, et + 2,73 centimes d’euros par litre de fioul. Une hausse des tarifs qui impacterait non seulement les entreprises, mais aussi les ménages. Aucune mesure de compensation n’a encore été choisie par le gouvernement. Si Dominique Bureau évoque les « chèques verts » prévus en 2009 lors d’une premier projet taxe carbone, Christian Perthuis, professeur à l'université Paris-Dauphine, évoque plutôt une « compensation forfaitaire ». Alain Trannoy, toujours en marge du débat, a quant à lui proposé une augmentation du plafond de l’aide au logement.

Au-delà du déficit budgétaire, c'est l'impératif de transition énergétique qui reste l'objectif à long terme de cette taxe. Niels Axel Braathen, administrateur principal de l'OCDE, ironise : « La crise peut être considérée comme une aubaine, et, dans ce cas précis, plus elle est grave, mieux c’est. »