« Pour lutter contre le vieillissement de la population, il faut faire des bébés. » Voilà comment Hyppolyte d’Albis, professeur d’économie à La Sorbonne élu meilleur jeune économiste en 2012, a résumé l’argument qui justifie souvent les politiques familiales. « On vieillit, et alors ? » Selon lui, la question n’est pas l’âge de la population, mais la proportion d’actifs qu’elle compte. Pour maintenir la part des actifs alors que la population vieillit, deux solutions : l’immigration, ou le travail des femmes. « Avec 10 points de participation de plus chez les femmes de 22 à 55 ans, c’est 1,3 millions d’actifs en plus », a-t-il affirmé avant de conclure : « c’est la bonne solution. »

Seul hic. « On demande beaucoup aux femmes », a assuré Hyppolyte d’Albis. Or, la plupart des politiques familiales visent une natalité dynamique. Il a regretté que « seules quelques-unes permettent de concilier vie privée et vie familiale. » L’économiste a cité ses pairs et listé les politiques familiales qui n'incitent pas les femmes à travailler : allocations familiales et, côté fiscalité, le quotient conjugal, par exemple. Mais il n’a pas oublié celles qui ont été bénéfiques pour le travail féminin et a pris l’exemple de la pré-scolarisation. Il a préconisé la promotion des offres de garde d’enfants, et un congé parental court, bien rémunéré, et surtout partagé. « Facile à dire quand on est économiste », a-t-il reconnu dans un sourire.

Du chemin à parcourir

Au-delà des politiques, c’est sur « les normes » qu’il faut se concentrer pour Guido Friebel, professeur d’économie à l’université Goethe de Francfort. Ces normes qui « influencent les négociations au sein de la famille ». Il en a notamment appelé aux hommes et femmes politiques, ainsi qu’aux leaders de tous horizons, à même selon lui de les faire évoluer.

Les chiffres annoncés par Angelica Salvi Del Pero, de la division des politiques sociales de l’OCDE, montre qu’il reste du chemin à parcourir. Selon une étude réalisée par l’OCDE en 2012, qu’elle a longuement cité, « 76% des femmes travaillent, contre 86% des hommes. » Un rapport emploi/population plutôt meilleur que dans d’autres pays de l’OCDE, même si, a-t-elle insisté, « il y a encore beaucoup de progrès à faire. »