Malgré les progrès considérables de l’agriculture au XXe siècle, 1,7 milliard de personnes continuent d’avoir faim. Avoir faim, c’est se coucher le soir en ayant mal au ventre parce qu’on n’a pas assez mangé voire parce qu’on n’a pas mangé du tout. Sans compter la malnutrition qui continue de sévir. Pour que les gens mangent, il faut produire et distribuer les denrées alimentaires. Et selon Bruno Parmentier, ancien directeur de l’école d’agriculture de l’ANR, « il va falloir augmenter la production agricole de 70% dans les quarante prochaines années car nous serons 9 à 10 milliards d’être humains sur Terre. » Mais avant d’augmenter la production, il faut changer notre comportement. Chaque année, un Français jette entre 20 et 30 kilos de nourriture à la poubelle. « En France, lorsqu’on achète quatre yaourts, on n’en mange que trois. » « Un tiers des récoltes mondiales sont jetées », indique Bruno Parmentier. Ce que confirme Hans Jöhr, chef du département Agriculture Nestlé (Suisse). « Par jour et par personne, ce sont 4 600 Kcal qui sont produites. Pourtant, à l’arrivée dans l’assiette, on ne retrouve que 2 000 Kcal, soit une perte de 2 600 Kcal. » La perte se situe à tous les niveaux, du producteur au consommateur, en passant par la distribution. « Aux Etats-Unis ou en Europe, ce sont surtout les consommateurs qui gaspillent. Au Brésil, la majeure partie des pertes se fait lors du transport de celles-ci vers les distributeurs. D’en d’autres pays, ce sont directement les fermes qui jettent », explique Hans Jöhr.

Produire et stocker en local

Pourtant, selon l’industriel, « nous avons aujourd’hui les technologies qui permettent de combattre les maladies sur les terres cultivables sans pour autant étendre les surfaces à cultiver ». Pour cela, il faut « disséminer les bonnes pratiques agricoles dans le monde. Il en va de la responsabilité de l’industrie alimentaire ». Bruno Parmentier insiste, lui, sur la nécessité de créer des silos stratégiques, afin de stocker les denrées alimentaires dans les zones « où l’on sait qu’elles auront des problèmes dans leurs productions futures », et ainsi garantir la sécurité alimentaire des populations, notamment en Afrique. « Encore faut-il avoir produit localement. Les Africains doivent pouvoir manger africain. Il faut permettre à ces populations de développer une agriculture locale. » Un défi que devront aussi relever nos sociétés occidentales.

Nouvelles pratiques agricoles : l’agriculture écologiquement intensive

Afin de nourrir 10 milliards d’être humains d’ici 2050, il faut produire plus, et produire mieux. Selon Michel Griffon, conseiller auprès de la direction générale de l’ANR, il suffit de s’inspirer de la nature et faire de « l’agriculture écologiquement intensive ». « Cela veut dire qu’il faut bien comprendre le fonctionnement de l’écosystème et amplifier ses fonctions productives pour réussir à produire plus. Par exemple, le charbon de bois peut optimiser le fonctionnement du sol grâce à des capacités de fixation des molécules de matières organiques, de l’eau et des nutriments à l’intérieur de la terre. Ce qui le rendrait plus fertile. » Autre exemple, utiliser la totalité du potentiel de production de la photosynthèse. « Il ne faut plus laisser de sol nu. Les terres doivent être recouvertes en permanence par des plantes, qui transformeront les rayons du soleil en biomasse et rendront les sols plus fertiles. »

 Elsa Ponchon