« L'euro n'a pas engagé un processus de convergence réelle des économies européennes. » Christian de Boissieu, professeur à Paris I et membre du collège de l'Autorité des marchés financiers, déplore l'échec politique de la monnaie unique, une vision partagée par Patrick Artus (lire notre interview). L'unité économique sans contrepartie politique écartèle la zone euro.

Selon l'économiste de Paris I, cependant, la diversité des modèles européens peut être une chance dans les limites d'un certain seuil. L'hétérogénéité intra-européenne est actuellement un problème car elle est politiquement mal gérée. Comparés aux Américains, les citoyens européens ne sont pas suffisamment mobiles, les transferts d'équilibrage financier sont inexistants au sein de la zone monétaire et de l'Union européenne. La faute revient, selon Stéphanie Paix et Christian de Boissieu, à l'insurmontable barrière linguistique et à la part ridicule des PIB européens dédiée au budget communautaire. « Dans les Etats à vocation fédérale, 15 % de l'impôt vont à l'échelon fédéral. En Europe, les pays versent 1 % de leur PIB annuel à l'UE ! », s'exclame-t-il.

Remises en cause techniques et culturelles

« Et pourquoi n'existe-t-il pas de contrat de travail européen, si le marché du travail est européen ? », s'interroge Yann Algan, professeur d'économie à Sciences Po. Quelle allocation de chômage un Européen touchera-t-il en Allemagne après avoir travaillé en Irlande ? Les questions font mouche. La convergence est nécessaire et inéluctable pour résoudre ces problèmes techniques et politiques.

Cette convergence passera par la négociation, qui s'annonce rude. Un salaire minimum européen ? C'est bien la moindre des choses pour la gauche française. Impensable, par contre, pour les Suédois et les Allemands, selon lesquels l'Etat ne doit pas intervenir dans le dialogue entre travailleurs et employeurs.

L'enseignement finlandais, le compromis social allemand, l'ouverture néerlandaise… Pour prospérer ensemble, les Européens ne doivent pas copier ni exporter tels quels les modèles de leurs voisins, mais s'inspirer mutuellement de ce qui fonctionne. A tout prix cependant, ils doivent éviter de continuer comme ils l'ont fait depuis l'introduction de l'euro.