Rien de commun aujourd’hui entre les baby-boomers de 60 ans et leurs prédécesseurs, âgés de 80 ans et plus. En ouverture de cette conférence de la deuxième journée des Jéco, Pierre Krolak-Salmon attire particulièrement l’attention du public sur la situation de ces "très âgés", les plus de 80, voire de 85 ans. Il rappelle que cette population progresse de « 3 % par an depuis la mise en place de l’APA » (Allocation personnalisée d’autonomie) en 2002. « C’est cette population, extrêmement fragile, qui va évoluer et presque doubler dans les 10 à 15 ans à venir », explique le neurologue des Hospices civils de Lyon. La réforme les concerne donc en premier, car, comme le souligne Jean-Michel Charpin, inspecteur général des finances, « il y a une hausse depuis 2006 du nombre des plus de 60 ans, qui va se poursuivre jusqu’en 2035 ». Les plus de 60 ans d’aujourd’hui sont les plus de 80 ans de demain. Vitesse de marche, nutrition, perte d’équilibre sont autant de facteurs de fragilité de la personne âgée. « Il y a un avant et après le traumatisme que représente la première chute », souligne Pierre Krolak-Salmon. Problème : aujourd’hui, les très âgés ne sont pas encore assez nombreux pour que des politiques de grande ampleur leur soient consacrées.

Une loi cathédrale pour 2014

Et « à qui confier la répartition de l’effort collectif à concéder ? », interpelle Agnès Gramain, professeur à Paris 1. « La politique de l’âge a été faite par pierres successives, explique la ministre déléguée en charge des personnes âgées et de l’autonomie, Michèle Delaunay. Nous manquons d’une vision globale ». Cette vision devrait permettre aux très âgés de conserver « honneur, dignité et bien-être ». L’Arlésienne qu’a longtemps été cette réforme devrait voir le jour « en 2014 » promet la ministre. Elle prendra la forme d’une « loi cathédrale ». « Un comble dans un état laïc », s’amuse Michèle Delaunay. Elle comprendra trois volets : anticipation, adaptation et accompagnement dans l’avancé en âge. Le 25 octobre dernier, les députés ont voté la taxe de 0,30 % destinée aux retraités imposables. Elle financera cette réforme. « Mais la dépendance n’est pas inéluctable », souligne la ministre. « Ma génération aura la chance de bénéficier des nouvelles technologies, des réseaux sociaux. Internet est un outil considérable de stimulation cognitive, qu’il faut mettre à la portée des très âgés. » Il serait prouvé que « l’utilisation soutenue d’Internet retarde la démence », selon Michèle Delaunay. Chaque génération vieillit à son rythme.

Léa Bastie