Les intervenants de la table ronde se sont accordés sur le fait que nous utilisons davantage les transports publics, mais que ceux-ci arrivent à saturation. Comment aider les citoyens à se déplacer différemment ?

Je pense que les gens sont assez intelligents dans la façon dont ils se déplacent. Ils sont assez réactifs par rapport à la qualité de l’offre. Si celle-ci se détériore, ils trouveront des alternatives comme le fait de décaler leurs horaires ou la possibilité de travailler depuis la maison.
 
 
Vous expliquez que notre image de la voiture s’est détériorée. Cela a-t-il des conséquences sur l’offre des transports publics ?
 
Effectivement, nous n’avons plus la même disposition à l’usage de la voiture. Son image elle s’est détériorée depuis une dizaine d’années en France. A contrario, notre appréhension du vélo et des transports publics s’est améliorée. Cependant, les offres ont de la peine à suivre. Dans les enquêtes que j’ai menées, j’ai pu constater que certaines zones souffraient d’un manque de transports en commun. A Nice ou à Lorient, les habitants souhaitent les utiliser davantage, mais l’offre ne suit pas.
 
 
Limitation des places de parking, augmentation des pistes cyclables, réduction des voies automobiles…Quelle est la place de la voiture dans la ville ? 
 
Les voitures sont effectivement de plus en plus limitées dans les centres villes et cela favorise des modes de vie qui sont basés sur l’utilisation d’autres moyens de transports. Ce qui me gêne dans cette évolution, c’est que l’on assiste à une territorialisation des modes de vie. Ceux qui habitent en périphérie sont condamnés à utiliser la voiture et ceux qui habitent en centre ville peuvent s’en passer. 
 
 
Cela augmente donc les inégalités ? 
 
Cela ne les augmente pas directement mais cela est de nature à les amplifier. Je pense que cela pose surtout des problèmes de ségrégation. 
 
 
Une ville sans voiture est-elle réaliste ? 
 
Non, je ne pense pas. Notre territoire est conçu pour les mobilités automobiles. Tous les espaces périurbains, toutes les entrées de villes avec des zones industrielles sont faites pour des métriques automobiles. L’automobile va certainement muter. Elle deviendra électrique ou peut-être qu’elle changera de forme, mais je ne crois pas à une ville sans voiture à horizon humain.
 
 
La voiture de demain ne pourrait-elle pas devenir un transport public ? 
 
Oui, et on le remarque déjà avec le covoiturage, mais également avec l’autopartage où l'utilisateur dispose d'une voiture qu'il ne finance que pour la durée de son besoin. D’une certaine manière, c’est de la voiture transport collectif en libre service. Je pense que ces services vont se multiplier. Le taxi collectif pourrait également se développer dans des zones peu denses. Mais en France ou en Allemagne où on offre du transport public avec des voitures, on atteint rapidement les limites. Il suffit qu’un groupe de dix personnes cherche à utiliser ce type de service et il faut mettre à disposition des minibus, puis des bus et cela devient du transport public classique.
 
Ophélie Giomataris