Consensus, à la Bourse du travail, chez les intervenants de la table ronde sur le rôle des banques centrales après la crise : l’action de ces dernières était indispensable et a, en partie, porté ses fruits. « Elles ont contribué à éviter une grande dépression, et ont limité les effets de la crise dans la zone euro », selon Jean Pisani-Ferry, directeur de Bruegel et membre du CAE (Conseil d'Analyse Economique). « On a souvent entendu que les banques centrales étaient conservatrices, ennuyeuses, ancrées dans le long terme… Pourtant, la Banque centrale européenne (BCE) a baissé son taux d’intérêt jusqu’à 0,75%, un niveau jamais atteint auparavant », a tenu à souligner Benoît Coeuré, membre du directoire de la BCE.

Un champ d'action étendu

Les banques centrales ont aussi dépassé leur mandat pour contrer la crise. Conseils sur les taux d’intérêt à long terme, facilité financières pour l’allocation de liquidités, intervention sur les marchés… Pour le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, la BCE a ainsi permis le maintien du refinancement de l’économie, des banques, des taux d’intérêt et du fonctionnement des marchés. « Au-delà de la lutte contre l’inflation, les banques centrales ont aussi décidé de se soucier de la stabilité financière des pays », précise-t-il.

Jean Pisani-Ferry a aussi rappelé que la banque centrale des Etats-Unis (FED) était même allée plus loin que la BCE : après avoir purgé le système bancaire américain dès 2009, elle a soutenu la demande et est intervenue au niveau des titres d’Etat, soutenant ainsi un véritable processus de réparation de l’économie américaine.

La BCE, institution prédominante de la zone euro

Pour le directeur de Bruegel, la crise a finalement révélé la BCE comme une institution puissante ayant rempli ses missions. Mais cette prédominance résulterait plus de l’affaiblissement des autres institutions européennes et de leur absence dans les prises de décision. « Attention, toutefois, à ne pas croire que les banques centrales ont solution à tout », a rappelé Christian Noyer, en pointant du doigt le besoin d’action des gouvernements nationaux au niveau de la compétitivité, de la politique budgétaire et de l’intégration européenne. « Le problème est qu’on a longtemps cru que la BCE pourrait évoluer en apesanteur et décider d’une politique monétaire sans prendre en considération la politique des gouvernements. On voit que ce n’est pas vrai », a rappelé Benoît Coeuré.

Patrick Artus, directeur de la recherche et des études chez Natixis, a alors soulevé la problématique des conflits d’intérêt : « Le risque est que la politique monétaire dépende de la politique budgétaire des pays membres de la zone euro, et que la BCE finisse par perdre son indépendance. Comment faire pour superviser le système bancaire sans que les banques pensent que la BCE sera toujours présente pour créer des liquidités et les sauver ? ». La question est restée ouverte.