En France, le souvenir de l'Indonésie s'est arrêté il y a quinze ans : en pleine crise asiatique, un pays touché de plein fouet par la chute spectaculaire de sa monnaie. Les dettes des entreprises, alors évaluées en dollars, avaient causé une panique générale auprès des autorités, provoquant l'intervention du Fonds monétaire international. Depuis, son ancien président Soeharto a été remplacé par Baharuddin Jusuf Habibie et la croissance est repartie. À 8 % dans les années 1980, elle se maintient aujourd'hui à 6%. Et n'est pas près de baisser.

Après avoir profité du krach de 1973 en exportant en abondance son pétrole, les années 1990 marquent le passage à un pays très manufacturier. L'ouverture de l'Indonésie aux investissements étrangers, notamment japonais et indiens, contribue à son développement jusqu'à la crise de 1997.

« La gestion devient alors un enjeu politique », estime Jean-Raphaël Chaponnière, chercheur associé à Asia Center et spécialiste de l'Indonésie, présent à la conférence. Les anciens technocrates surveillent désormais la roupie depuis la banque centrale, la concertation augmente et les grands groupes sont toujours en place. L'Indonésie capitalise alors sur le poids économique de ses grands voisins chinois et indien.

Septième puissance mondiale en 2030 ?

Le libre échange entre les membres de l'ASEAN (Association des nations de l'Asie du Sud-Est et dont l'Indonésie est un membre fondateur) doit à présent être instauré en 2015. Il devrait attirer de nombreux investisseurs, à tel point que le pays, selon les estimations, pourrait devenir la septième puissance mondiale à l'horizon 2030.

Mais aujourd'hui, le grand défi de l'Indonésie réside, à la manière de l'Inde, dans le développement de ses infrastructures. Le pays, qui s'est démocratisé et décentralisé, vit la fin de sa transition démographique : moins d'entrants mais une main-d'oeuvre mieux formée, même si cette dernière ne l'est toujours pas assez. D'ici 20 ans, 30 millions de ruraux supplémentaires devraient migrer vers les villes et 80 millions d'Indonésiens pourraient prétendre à intégrer la classe moyenne.

De grands investissements doivent ainsi être réalisés dans les prochaines années. S'ils étaient menés à bien, ils seraient à coup sûr un moteur de croissance majeur. Selon Jean-Raphaël Chaponnière, « s'il n'y avait pas d'effort particulier de productivité, la croissance lors des prochaines années devrait se maintenir aux environs de 5%. »

 

''L'Indonésie en chiffres''

''Avec 245 millions d'habitants, l'Indonésie est aujourd'hui le quatrième pays le plus peuplé au monde derrière la Chine, l'Inde et les Etats-Unis. Il concentre également le plus grand nombre de musulmans de la planète. Cet archipel est composé de plus de 17.000 îles et environ 300 langues y sont parlées. 60% de la population vit sur 6% de ce territoire avoisinant les 2.000.000 de km2, essentiellement sur l'île de Java, où se trouve d'ailleurs la capitale, Jakarta. Officiellement indépendant depuis 1949, sa monnaie est la roupie.''

 

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