« Contre le chômage, on a tout essayé. » A la Bourse du Travail de Lyon, vendredi, la première conférence s’est ouverte sur cette phrase un brin fataliste, prononcée par François Mitterrand en 1993. Affirmation rapidement rejetée par Eric Heyer. Pour le directeur adjoint au Département analyse et prévision de l’OFCE, il ne faut pas rejeter toutes les dernières tentatives : « Les politiques d’emploi passées n’étaient pas adaptées à la conjoncture. Si elles avaient été utilisées au bon moment, de manière contra-cyclique, les résultats auraient sans doute été meilleurs.»

En ligne de mire, la défiscalisation des heures supplémentaires, mise en place en 2007. « Ce n’est pas une mauvaise politique en période de croissance et avec peu de chômage, a expliqué Eric Heyer. Mais l’appliquer pendant cinq ans n’a fait qu’ajouter de la crise à la crise. » D’après l’économiste, d’autres choix auraient été plus adaptés : « Les 4 milliards d’euros utilisés auraient pu servir à financer des emplois aidés ou l’investissement public. On aurait alors gagné des emplois. »

Négociations et mobilité des travailleurs

Pour Gilbert Cette, professeur d’économie associé à la Faculté de Sciences économiques d’Aix-Marseille II, une autre solution réside dans le droit conventionnel. « Il faut permettre aux partenaires sociaux de négocier avec les entreprises et au niveau des branches d’activité, pour décider quelles sont les meilleures protections pour les travailleurs. »

Mais intervenir sur le marché du travail ne suffirait pas : « Nous sommes collectivement tétanisés, a affirmé Francis Kramarz, directeur du Centre de recherche en Economie et Statistique. Il faut permettre aux travailleurs de partir des entreprises qui ne fonctionnent pas pour rejoindre des entreprises naissantes. »

Attention à la pauvreté !

Gaby Bonnand, secrétaire national de la CFDT, a, lui, soulevé le problème de la qualification des salariés : « Les politiques publiques d’exonération des charges ont encouragé les entreprises à ne pas former leurs salariés. Cela a débouché sur une déqualification des travailleurs, mais aussi des entreprises. » Pour s’attaquer au chômage, il faudrait donc soutenir l’investissement, l’innovation, et les PME dans la formation de leurs salariés.

Face à l’augmentation de la population active française, la politique de l’emploi est primordiale. « En Allemagne, même sans création d’emplois, ils peuvent stabiliser le chômage. En France, de mauvais choix économiques auront des conséquences plus graves », a averti Eric Heyer, qui a pointé un autre risque : « Malgré ses bons résultats en termes de chômage, l’Allemagne a vu son taux de pauvreté exploser. Nous devons faire attention à la qualité de l’emploi. »