Les Français sont 13 % à considérer l'intégration européenne comme un moyen de stimuler l'économie. C'est peu, non ?
Sylvie Goulard : Il ne faut pas accabler les Français. Avec l'euro, on leur avait promis un instrument de croissance, chose qu'on n'avait pas promise en Allemagne, où, dès sa création, la monnaie unique était présentée comme un instrument de stabilité. Qu'il y ait des déceptions en France sur ce qu'on avait dit aux Français, ça ne me choque pas. Après, il faut savoir faire la pédagogie, montrer aux gens ce qui se serait passé si on n'avait pas eu l'euro, à quel point la ré-introduction des monnaies nationales aurait un coût phénoménal.

Une telle attitude vis-à-vis de l'Europe serait-elle possible en Allemagne ?
Ulrike Guérot : Je pense qu'on n'aurait pas même posé la question comme ça à un Allemand ! Pour nous, ce n'est pas la construction européenne en soi qui crée de l'emploi. Votre question se réfère à une conception étatique dans laquelle c'est l'Etat qui crée de la croissance. Une vision typiquement "à la française" de l'économie...

Vous participez à une table ronde composée de femmes uniquement. Êtes-vous pour ou contre les quotas à la direction des grandes entreprises côtées au CAC 40 ou au DAX ?
Ulrike Guérot : Je suis personnellement en faveur d'un quota. Le débat est actuellement compliqué en Allemagne, où nous avons 7,2 % de femmes dans les conseils d'administration du DAX. Les quotas étaient une initiative d'Ursula von der Leyen, la ministre du Travail, elle s'est heurtée au Bundestag. On sent bien que cette notion de quota est loin d'être admise...
Sylvie Goulard : Je ne suis ni pour les panels exclusivement masculins, ni pour les panels exclusivement féminins. Je pense qu'Agnès Bénassy-Quéré (l'organisatrice de la table ronde était Sandra Moatti, ndlr) a voulu faire un clin d'œil pour montrer à quoi ça pouvait ressembler. Je suis résolument en faveur de la mixité dans tous les domaines. Je suis également favorable aux quotas pour une raison toute simple : les manières douces, malheureusement, n'ont jamais fonctionné !

Existe-t-il une vision économique propre aux femmes ?
Sylvie Goulard : Je n'y crois pas un instant. Les femmes ne sont pas plus malignes, pas plus douces, pas plus gentilles, mais elles ne sont pas non plus plus bêtes ni plus incompétentes. Il faut sortir de ces schémas et juger les individus pour ce qu'ils sont et les juger sur leur mérite. Et c'est tout.
Ulrike Guérot : Il faudrait aussi sortir du schéma selon lequel tout devrait être une question de qualification. Si on applique ce critère, on ne peut pas dire que tous les hommes qui dirigent une entreprise sont là par leurs qualités.

Propos recueillis pas Fabien Mulot et Pierre Stassen