Les classes moyennes sont-elles menacées ? Difficile de dégager une tendance générale au sein de cette large population (voir encadré). « Les classes moyennes restent un support d’ascension sociale », assure Eric Maurin, auteur de Les Nouvelles classes moyennes en 2012. « Les promus représentent 30 à 40% de cet ensemble, quand 15% se trouvent en déclin par rapport à la situation de leurs parents. » Cette catégorie investit pour consolider sa position. « Quand le niveau de diplôme exigé augmente, les familles parviennent à monter d’un cran pour maintenir leur rang », poursuit l’économiste. L’enseignement constitue une priorité, du fait de l’angoisse des parents pour l’avenir de leurs enfants.

De nouvelles stratégies de consommation vers les loisirs

Avec un salaire médian actuel de 1600€, la jeune génération gagne moins que les précédentes, selon Pascale Hebel, directrice du département consommation au CREDOC. Une pression sur les salaires qui implique de nouvelles stratégies de consommation. « L’alimentation constitue une variable d’ajustement, explique-t-elle. La part dédiée aux besoins de base diminue au profit des loisirs et télécommunications. » Abonnement téléphonique, connexion Internet, câble télé : autant de « dépenses contraintes » d’après Jean-Marc Vittori, éditorialiste aux Echos.

Les nouvelles modes lient recherche d’économie et consommation « engagée » : « le made in France, les produits régionaux sont privilégiés, note Pascale Hebel. Devenus des habitudes pour tous, ces changements ont été impulsés par la classe moyenne. » Annonçant une pression salariale toujours plus forte, Jean-Marc Vittori anticipe de nouvelles tendances : « le low-cost, les achats d’occasion peuvent se développer. Surtout, l’achat de services remplacera celui des biens. Une voiture reste immobile 95% de son temps et il sera plus rentable de louer un véhicule que d’en acheter. » Conséquence de cette projection, un essor des services au détriment de l’industrie.

Le chiffre

De 30 à 45% .C’est la part de la classe moyenne dans la population, selon les personnes prises en compte. La catégorie socioprofessionnelle (CSP) des professions intermédiaires, équivalant à 30% de la population, constitue le noyau central. A cela s’ajoutent les catégories à la marge : celle des cadres (ceux, notamment, dont les entreprises traversent des difficultés) et celle des salariés en passe d’être promue. Côté salaires, cela représente entre 1160 et 2130 €.