Le directeur du département Propriété Intellectuelle et Développement Commercial du groupe L’Oréal, Frédéric Caillaud, est venu à cette conférence avec sa « carte d’état major des brevets ». Depuis cinq ans, son entreprise utilise un programme informatique permettant d’analyser les 60 millions de brevets déposés dans le monde. Développé par le groupe Thomson Reuters, le logiciel répartit sous la forme de cartes topographiques les brevets déposés et rachetés par les entreprises. « Chez L’Oréal, cet outil a changé notre vie, s’enthousiasme Frédéric Caillaud. Ce Google Earth version brevets permet d’anticiper la stratégie de recherche des entreprises. C’est comme l’armée. On peut voir dans quels secteurs investissent les entreprises concurrentes. »

A ses côtés, Jean-Claude Prager s’interroge. Le co-auteur du rapport Les marchés des brevets dans l’économie de la connaissance rappelle les multiples intermédiaires qui interviennent dans les échanges. Or, « les brevets sont des biens complexes. Nous n’arrivons pas à déterminer leur valeur. » Le chercheur préconise le développement « d’intermédiaires qualifiés pour la circulation des titres de propriété intellectuelle ». Tout en prévenant d’un risque de développement de « monopoles mondiaux du savoir ».

Car les exemples de « guerre des brevets » se multiplient. Cette compétition est source de comportements opportunistes et devient « un substitut à la concurrence » précise David Encaoua, professeur d’économie à l’université Paris I. Mais il reconnait que les titres de propriété intellectuelle ont des effets positifs sur la connaissance : ils encouragent les investissements de Recherche et Développement et la diffusion des connaissances. Selon lui, il ne faut donc pas supprimer le système des brevets mais le réformer en renforçant notamment les critères de brevetabilité.