Le "couple infernal" de l’information et de la désinformation était au cœur de la première conférence, organisée par l'AJEF (Association des Journalistes Economiques et Financiers), dans le cadre solennel du musée des Beaux-arts de Lyon. « Information et désinformation financière », certes, mais quelle place pour la confiance ? D’abord éludée, cette notion a finalement été abordée à la toute fin de la conférence. Pourtant, c’est bien de cela dont il était question. D’abord confiance dans les entreprises, avec Jean-Pierre Lac, directeur général adjoint du groupe Seb. Pour lui, il est important de garder à l’esprit "la responsabilité civile et pénale des dirigeants d’entreprises". Il est venu avec le bilan comptable de son entreprise, et a montré au public ces 200 pages "sans photo", disponibles également sous une forme plus synthétique de 44 pages. "Il n’y a pas un manque de données fiables", explique-t-il. Seulement, "celles-ci sont devenues difficiles d’accès avec la multiplication des normes imposées par la législation". Les informations fournies par les entreprises sont trop denses, et deviennent difficiles à manier par le public, en dépit de leur exactitude. Un avis nuancé par Laurence Scialom, professeure à l’université Paris Ouest Nanterre la Défense. Les scandales financiers récents ont prouvé qu’il existait également une "mésinformation" financière, et une capacité des entreprises et des banques à présenter un "affichage trompeur".

Face à des "incitations perverses" et "des conflits d’intérêts majeurs", où trouver une information fiable, en laquelle avoir confiance ? D’autant que Camille Cornand, chargée de recherche au GATE, rappelle que "les crises et les mouvements de panique entraînent des comportements moutonniers, et une incitation à collecter l’information faible". Les regards se tournent alors vers le journaliste de la table ronde, Philippe Mabille, directeur adjoint de la rédaction de La Tribune. Pour lui, "l’information financière n’a plus de valeur. Le marché est tellement fragmenté que personne ne peut savoir ce qui s’y passe. Il faut trouver un moyen de redonner à la valeur financière des entreprises un lien direct avec la réalité de sa valeur économique". Philippe Mabille remarque cependant que cette perte de valeur a un lien étroit avec la gratuité de l’information, et l’indépendance de médias financés par la publicité. "Si vous voulez que nous soyons crédibles, et une information de qualité, abonnez-vous, achetez les journaux." Un appel à remettre en marche un cercle vertueux.

Trois questions à Laurence Scialom, professeure des Universités à l’Université Paris Ouest-Nanterre La Défense

Comment restaurer la confiance dans l’information financière ?

La confiance qu’on a dans l’information financière dépend beaucoup de celle qu’on a dans la finance. La restauration de celle-ci passe par des réformes de structures, notamment des banques. Il faut séparer leurs différentes activités, pour qu’elles retournent à leur métier de banquier. La société ne doit plus accorder de subventions au trading. Il ne s’agit pas de tuer la banque de marché. Il n’y a simplement pas de raisons que la société subventionne cette activité.

Vous êtes membre de Finance Watch. Quelles autres mesures préconisent l’ONG pour restaurer cette confiance ?

Finance Watch se penche sur les directives européennes et les inflexions à apporter en matière de réglementation en Europe. Nous avons travaillé sur la directive MiFID, ou fait des propositions après le scandale du Libor. Nous faisons des contre-propositions à chaque fois qu’une proposition est discutée par les instances europeénnes, en participant à la consultation et en défendant les positions de Finance Watch.

Dans un tel climat, comment garantir la confiance dans une ONG ?

Nous sommes les "Greenpeace de la finance". Nous faisons du contre-lobbying, à partir de travaux académiques, aidés des banquiers repentis travaillant avec nous. Le mandat de l’ONG est « une finance au service de la société ».