« Il y a eu une vraie cécité collective » face aux prémices de la crise. Roger Guesnerie ne cache pas les erreurs commises par les responsables économiques et politiques. « Il n’y a pas eu d’avertissements suffisamment sérieux à propos des subprime de la part des économistes », analyse le président de l’Ecole d’économie de Paris. Pourtant, certains avaient tenté d'alerter l'opinion, comme Maurice Allais, prix Nobel d'Economie 1988, qui, très tôt, avait pointé du doigt le surendettement des ménages américains.

A ses côtés, les autres intervenants de la table ronde, animée par le directeur du journal Le Monde Erik Izraelewicz, ne contredisent pas Roger Guesnerie. Pour Philippe Aghion, professeur de sciences économiques à l’université américaine de Harvard, les modèles utilisés étaient trop restrictifs. La macro-économie n’aurait pas assez pris en compte les différents acteurs du système. « Avec le pacte de compétitivité du gouvernement français, c’est comme si la macro-économie avait découvert que les entreprises existaient ! », ironise-t-il, quelques minutes seulement après l'intervention, à la tribune, Pierre Moscovici.

"Les politiques réagissent trop sur le court terme"

L'euro-députée centriste Sylvie Goulard, estime, elle, que les responsables politiques n’ont pas été assez réactifs. « Il y a eu le rapport Pébereau sur la dette publique en 2005, François Fillon qui déclarait en 2007 être le Premier ministre d’un Etat en faillite. Et pourtant, cela n’a pas suscité de réactions suffisantes. » Anne Lauvergeon, ancienne patronne d’Areva, et Christophe de Margerie, PDG de Total, renchérissent : « Entrepreneurs et décideurs politiques n’ont pas la même vision du temps. Les hommes politiques ont tendance à réagir sur le court terme. »

Comment ne pas reproduire les erreurs du passé ? « Il faut que toutes les disciplines travaillent ensemble. Les scientifiques, les politiques, les économistes doivent collaborer. Sinon, nous n’arriverons pas à réagir face aux ruptures », explique Patrick Artus, directeur de la recherche chez Natixis. Christophe de Margerie, lui, encourage plutôt les chefs d’entreprise à s’exprimer et à faire partager leurs expertises techniques.

Dans la salle, les spectateurs, appelés à réagir par SMS, s'interrogent : « A-t-on vraiment conscience de la prochaine crise, la crise écologique ? ». Anne Lauvergeon lance alors un avertissement : « Les crises nous distraient de cette problématique. Plus tard nous agirons, plus il sera difficile de gérer le risque écologique. »