"Le système monétaire international a relativement bien fonctionné pendant la crise", estime Pierre Jaillet. Pour le directeur général des études et des relations internationales à la Banque de France, le Fonds monétaire international a "montré sa capacité à intervenir". Les banques centrales se sont montrées pragmatiques, utilisant notamment des swaps de devises pour alimenter les Etats en liquidités.

Mais il n’existe "pas de cadre mondial pour alimenter les pays en liquidités", admet Pierre Jaillet. Au cœur des inquiétudes, les ressources qu’il est possible de mobiliser en cas de crise. Des progrès ont été réalisés les 3 et 4 novembre lors du 20 à Cannes. L’augmentation des capacités du Fonds monétaire international est une avancée. Mais sa réforme doit s’insérer dans un système plus large, sans attendre que les problèmes surviennent.

Vers un système monétaire international multipolaire

Face à l’instabilité des flux de capitaux et l’absence d’engagement ferme des pays émergents pour aller vers un régime de change (plus) flexible, Agnès Bénassy-Quéré demande une mutation du système monétaire international. La directrice du Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII) constate "des déséquilibres importants des balances des paiements et des désajustements de change durables". Une critique en creux de la Chine, qui profite de la sous-évaluation du yuan pour soutenir sa croissance.

Pour Agnès Bénassy-Quéré, "le SMI est de plus en plus incohérent avec l’économie mondiale". L’économiste prône un "SMI multipolaire avec un flottement des monnaies clés". Un système monétaire centré sur le dollar, l’euro et le yuan permettrait de diminuer les pertes liées aux coûts de transaction, de limiter l’accumulation de réserves et surtout, d'assurer une meilleure allocation de l’épargne mondiale.

Une réforme du SMI serait aussi justifiée sur le plan politique. Jacques Mistral, directeur des études économiques à l’Institut français des relations internationales (lire l'interview ci-dessous), estime qu’ "il n’y a pas de divergence majeure entre les trois grandes zones : les Etats-Unis, la Chine et l’Union européenne". Sur le papier, un esprit de coopération semble se dégager. Mais des problèmes subsistent. Et non des moindres. La convertibilité de la monnaie chinoise est primordiale pour une mutation profonde du SMI. Reste que Jacques Mistral est catégorique : "La convertibilité du yuan n’est pas pour demain." En d'autres termes, la réforme du système monétaire international reste une longue marche...

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