"Il est impossible de mesurer la biodiversité. Elle ne constitue pas un bien dénombrable et n'est pas susceptible d'acquisition", lance Alain Karsenty, chercheur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), au début de son intervention. A priori, cette thématique semble détachée de tout enjeu économique. Pourtant, l'organisation de notre société en est très dépendante. Ce sont les forêts qui nous font respirer, la terre qui accueille nos récoltes et les abeilles qui pollinisent nos champs. "Même le Velcro, qui ferme vos chaussures, provient d'une plante, la fleur de bardane.", souligne Gilles Rotillon, professeur de sciences économiques à l'université Paris Ouest.

Pour son collègue Alain Ayong Le Kama, de l'université de Lille, "ce n'est pas parce que ce thème est moins mesurable qu'il est moins important pour l'économiste". D'autant plus que la pollution, la surexploitation des ressources naturelles et la destruction des habitats dégradent la biodiversité. "63% des services fournis par la nature sont actuellement dégradés", déplore Christine Lagarenne,directrice des études économiques et de l'évaluation environnementale au ministère de l’Ecologie.

Des approches d'évaluation très différentes

" La logique économique s'arrête à la biodiversité. Il est impossible d'évaluer dans son ensemble cette notion abstraite", insiste Alain Karsenty. Car selon la définition du ministère de l’Écologie, la biodiversité intègre nombre de critères qui peuvent être classés en différents thèmes. " On peut diviser la biodiversité en trois : l'écosystème, les espèces et les gênes. Ou en deux : les remarquables -les espèces et lieux protégés- et les généraux", explique Gilles Rotillon. La biodiversité peut aussi être évaluée en fonction de son rapport à l'homme. "On peut rendre compte de sa valeur en fonction de ses services. Mais sa multi-fonctionnalité rend son évaluation très difficile", souligne le professeur. Laurent Piermont propose une autre approche : "Nous pouvons évaluer la biodiversité en fonction de son exposition à l'activité humaine. Par exemple, le tourisme porte moins atteinte à la biodiversité, contrairement à la construction immobilière."

Quelques pistes pour une méthode

Après avoir pointé les difficultés d'évaluation de la biodiversité, les intervenants ont proposé différentes méthodes d'évaluation. Christine Lagarenne souligne l'importance des "progrès des sciences et vie de la terre". "Ils nous donneront les clés pour mieux évaluer la biodiversité."

Les spécialistes ont aussi proposé différentes méthodes de calcul. Pour Laurent Piermont, il convient "d'évaluer les services de la biodiversité et l'impact de l'activité humaine". "La réparation des dégâts peut d'effectuer sous forme monétaire, qu'il s'agisse d'une taxe ou d'une amende", expose Françoise Maurel, chef du service économie, évaluation et intégration du développement durable au ministère de l'Ecologie. "Mais il ne s'agit que d'une réparation financière et non d'une compensation, où une entreprise devrait replanter chaque hectare de bois détruit", déplore Laurent Piermont. A condition qu'elle soit sensibilisée à ces enjeux. "La moitié des 100 plus grands groupes ne mentionne jamais ce thème", note Clément Lefèvre, senior manager chez Pricewaterhouse Coopers.

Des pistes sur lesquelles devront plancher les 193 Etats signataires de la Convention de la diversité biologique s'ils comptent atteindre les objectifs fixés à 2020.

Photo : © happyculteur - Fotolia.com