C’est l’ennemi de l’économie verte : le " green washing ". Entendez par là, l’utilisation des valeurs du développement durable pour la publicité d’un produit, sans réelles actions écologiques mises en place. " Maintenant, c’est plutôt l’heure du green making : agir à l’échelle micro-économique ", plaide Bruno Varbaere, directeur commercial de l’entreprise Noprac, filiale de Bouygues Construction. " C’est un défi, produire tout en ne réduisant pas les capacités des générations futures à satisfaire leurs besoins. Il faut œuvrer local alors que le développement durable demeure une notion, à la base, plutôt macro-économique ", analyse Mireille Chiroleu Assouline, professeur d’économie à l’université Paris 1.

Principale réalisation dans les centres urbains, la construction d’éco-quartiers, où l’empreinte écologique a été drastiquement réduite. " On a fonctionné sur le principe de concours. Les villes ont présenté leurs candidatures pour l’obtention de financements de l’Etat ", explique Emmanuel Raoul, secrétaire permanent du PUCA (Plan Urbanisme Construction Architecture) au Ministère de l’Ecologie." Néanmoins, les éco-quartiers sont le plus souvent constitués de logements neufs alors que l’objectif est la réhabilitation du parc existant. "

Des technologies durables pas toujours bien utilisées

Les éco-technologies apparaissent comme les leviers de cette transformation de la ville. Expertise thermique, énergétique, architectures innovantes: la fabrication de ces logements durables demande aujourd'hui une meilleure concertation entre les acteurs locaux. " Un architecte doit être un peu économiste, un économiste doit lui avoir des notions d’ingénierie… Les jeunes ont une grande carte à jouer : ils possèdent la compétence verte, d’où nos partenariats avec les universités ", souligne Bruno Varbaere.

Mais refonder le processus de fabrication ne suffit pas. Véritable référence en matière d’éco-quartier (20 000 habitants), l’exemple d’Hammarby, un ensemble construit à Stockholm dans les années 1990 livre ses premières leçons. " La principale limite reste l’usage incomplet de certaines technologies durables par les habitants ", admet Marissa Plouin, analyste des politiques publiques à l'OCDE. " La meilleure façon d’éviter ce problème, c’est d’impliquer les citoyens au niveau local dans le projet de construction ", estime Alain Maugard, président de l’association Qualibat, qui conseille les entreprises du bâtiment.

Une priorité : rendre accessibles les éco-quartiers aux démunis

« C’est un vrai changement de société qui est en jeu : consommer moins qu’on ne produit. Notre mode de vie actuel n’est pas exportable à neuf milliards d’habitants », poursuit-il. Et pour impliquer l’ensemble des citoyens, l’impératif réside dans l’accessibilité de ces éco-quartiers aux plus démunis." On assiste à une gentrification de ces éco-quartiers. Les ménages les plus riches achètent des logements labellisés BBC (Bâtiment Basse Consommation) ", prévient Emmanuel Raoul. " Pourtant construire durable au même prix, c’est possible. Les prix plus élevés sont le fait de promoteurs qui ont compris que certains sont prêts à payer plus pour ce type de produits ", soutient Emmanuel Raoul.

Pour Geneviève Ancel, chargée de mission du Grand Lyon sur l’accompagnement au changement, conjuguer progrès écologique et mixité sociale passera par une véritable volonté politique." Il faudra être capable de résister à ceux qui disent que c’est trop cher. Résister à ceux qui disent que ça n’a pas marché dans le passé. En résumé, faire preuve d’une résistance créatrice. "

Photo : © rodho - Fotolia.com''